lundi 30 novembre 2009

La chaîne des bistrots

Je suis en retard d'une chaîne ou deux. Je présente par ailleurs mes excuses à mes comparses blogueurs qui m'ont aimablement tagué à ce sujet.

Pour commencer cette semaine donc, une chaîne lancée par Polluxe, reprise notamment par Nicolas, pilier de bistrot n°1 de la Wikiosphère.

Il revient à chacun de lister ses trois bistrots préférés.
Heureusement qu'il ne s'agit pas de se cantonner aux cafés et bars français car je n'en ai pas une perception agréable. Ceci est l'occasion pour moi de déplorer l'état de déliquescence pochtronesque dans lequel les bistrots français se retrouvent en grande majorité.

Le bistrot à la française a cédé le pas depuis plusieurs années à un repaire hypermasculinisé pour piliers suralcoolisés. Je sais, il s'agit d'un cliché mais je l'assume : jamais je ne mettrais les pieds avec ma petite famille dans de tels troquets (du moins en l'état actuel).

L'ambiance n'y est pas accueillante... elle peut l'être si toutefois on est un homme mais je ne compte plus le nombre de fois où j'y ai retrouvé une atmosphère emprunte d'un je-ne-sais-quoi de violence ou de mépris propre à un auditoire émêché.

Mes bistrots préférés sont donc plus vraisemblablement des pubs à l'anglaise ou à l'irlandaise ou des bistrots...non français...sauf...

Au Bureau

Ayant été étudiant à l'Université de Cergy-Pontoise pendant plusieurs années, j'y ai accumulé un grand nombres de souvenirs...la plupart très bons. Etant donnée la rareté de l'offre de sorties dans l'agglomération, le Bureau était devenu le repère des étudiants des différents sites de l'Université...aïe...17000 étudiants et seulement deux ou trois pubs, les soirées d'affluence étaient nécessairement bondées jusqu'à l'explosion.

En semaine, un lieu où l'on pouvait manger ou boire tranquillement. En soirée, et spécialement le week-end, un lieu où l'on pouvait danser sur les tables.
Les serveurs y étaient vraiment sympas, j'en ai connus plusieurs personnellement.
Je ne sais pas si j'aurais le même plaisir d'y retourner aujourd'hui, la population étant tout de même très ciblée. J'en garde toutefois un très bon souvenir d'étudiant.

Le Pub de mon quartier

Une excellente surprise que ce pub situé à 400m de chez moi. Intelligemment divisé en deux entre un côté lounge et un côté "pur pub" pour assister aux rencontres sportives, le pub ne désemplit pas.
Le dimanche, c'est le lieu de rassemblement des familles et des personnes de tout âge depuis les enfants qui s'amusent autour des tables jusqu'au couple de seniors qui les regardent l'air attendri.
Côté bar, les jours de matchs de football, l'ambiance y est énorme et c'est à peine si l'on peut y circuler tant il y a de monde.
Le service est un peu longuet mais vite pardonné tant les serveurs et le patron sont extrêmement sympathiques. D'ailleurs, nous y retournons fréquemment avec ma compagne et mes deux enfants.

Le café face à la maison de mon parrain au Portugal

Le Portugal et l'Angleterre partagent plusieurs points communs culturels et notamment cette attraction naturelle pour le football et les bistrots.
Dès que je vais au Portugal, je me retrouve souvent chez mon parrain et ma marraine qui vivent à quelques kilomètres de la maison de mes grands-parents maternels.
Inutile de rappeler que dans de tels villages, tout le monde se connaît...par ailleurs, la plupart ont un lien de parenté proche ou lointain.
Je ne me rappelle pas avoir jamais payé un coup à qui que ce soit dans ce café et ce n'est pas faute d'être gêné lorsque l'on compare ses revenus à ceux des locaux. Mais peu importe, c'est une question d'hospitalité et d'honneur que d'accueillir un invité comme il se doit et l'on ne peut décliner telle générosité sauf à provoquer une vexation indésirée.
Là aussi, la grand-mère cotoie les petits-enfants, les hommes jouent au billard et boivent uma imperial o um fino selon la région où l'on se trouve.

C'est peut-être ce que je déplore finalement dans le bistrot français et que je retrouve dans le pub anglais et dans chacun des cafés portugais que j'aime fréquenter: le côté véritablement populaire et chaleureux.

PS: Je précise que je parle essentiellement de bistrots franciliens...

vendredi 27 novembre 2009

Note ton prof !

J'ai (parfois) des discussions intéressantes avec mes amis de la vie-réelle-qu'elle-est-vraie, même avec mes trolls à moi.

Le billet du Privilégié a par ailleurs rappelé à mon bon souvenir une conversation récente de ce type, agrémentée de maki-sushis, ce qui n'ôte rien à la qualité du débat, bien au contraire.

Entre deux bouchées parfumées de wasabi, gingembre, sauce soja, nos élucubrations digressèrent sur la question de l'Education avec un grand "e", afin de désigner celle que nos enseignants professionnels tentent tant bien que mal d'inculquer à nos têtes blondes.

Deux camps s'affrontaient: le défenseur d'une notation des enseignants par les élèves contre le détracteur incarné par votre serviteur.

En effet, je suis opposé à une notation des enseignants par leurs élèves car d'une part, je ne vois pas l'intérêt d'une telle démarche, et d'autre part, j'en perçois les risques.

1. La vacuité d'une telle démarche

La notation est nécessairement subjective malgré l'apparente objectivité des critères d'appréciation.
Intéressant/Motivant
Question d'affinités personnelles. Certains élèves nourrissent un intérêt naturel pour des matières que d'autres rejettent profondément...et la qualité de l'enseignant ne changera pas grand chose à l'affaire.

Clair/Pédagogue
Idem.

Connaisseur/Compétent
Comment un élève peut-il juger l'étendue des connaissances techniques d'un enseignant lorsque lui-même est en position d'enseigné?

Juste/Equitable
Je suis sûr que chaque élève a sa vision de ce qui est juste ou équitable...

Régulier
???

Disponible
Attention, nous sommes encore sous l'égide du Collège Unique...

Difficulté/Niveau
Aléatoire en fonction des affinités de chaque élève...

Ambiance
Je suis sûr que l'ambiance dans une classe du Lycée Henri IV de Paris est plus studieuse que celle du Lycée Voillaume d'Aulnay sous Bois.

Commentaire
Histoire de se lâcher un peu...
Ne cherchez pas, il n'existe aucune garantie de notation réellement objective venant de l'élève. En outre, contrairement à ce que nos pédagogistes préférés martèlent depuis 30 ans, l'enseignement est une relation dont la dimension verticale est primordiale. L'élève doit acquérir un socle de connaissances, ce qui s'oppose il est vrai à cette espèce de développement par la découverte personnelle que ceux-là ont érigé en principe fondamental.
Cela n'interdit pas le développement personnel mais être passé de l'extrême du pensionnat de Chassagnes à l'excès de l'école de "l'enfant-roi" est une ineptie. Un juste équilibre doit pouvoir être atteint.

La seule notation objective qui me paraisse d'intérêt est le taux de succès aux examens finaux (qui devraient avoir lieu à chaque niveau) pondéré, il est vrai, par le lieu d'enseignement et la typologie des élèves.

2. La démagogie, source de fragilisation

En tout état de cause, l'existence même de ces sites est à même de décrédibiliser l'action d'un enseignant et favorisera l'émergence d'enseignants "démagogues" qui tenteront de faire plaisir à l'élève plus que de lui enseigner. Enfin, un élève en situation d'échec se cachera spontanément derrière la faillite de l'enseignant, stigmatisé par une mauvaise note globale, et fera écran aux raisons profondes et réelles de cet insuccès.

Les enseignants souffrent déjà d'un discrédit fort, cette initiative est dès lors plutôt malvenue.
Je ne milite pourtant pas pour l'absence de contrôle de qualité de l'enseignement, loin s'en faut. Il ne revient simplement pas à l'élève de s'en faire le juge et certainement pas de manière aussi populiste.

L'urgence est plutôt à la réflexion quant au niveau de connaissance exigé, au problème du redoublement et la question du Collège Unique, à l'orientation, la discipline, le respect par les élèves et par les parents d'élèves, la sanction, etc...

jeudi 26 novembre 2009

Alain qui?

Il a beau avoir un nom aux allures de formules biochimiques médicamenteuses, il a un faciès sympathique et semblerait avoir du charisme.

Mais de qui donc parlè-je?

Mais de Alain Dolium pardi ! Il serait pressenti pour diriger la liste du Mouvement Démocrate aux Elections Régionales en Île-de-France.

Un total inconnu pour beaucoup de militants et même pour la section du Val-de-Marne dans laquelle il est inscrit et selon laquelle, il ne se serait fait connaître que très récemment.

On entend déjà jazer notamment chez les ayatollahs de la démocratie interne.
Il est en tous cas certain qu'il est bien étrange qu'un simple "candidat" à la candidature pour la tête de liste ait déjà reçu les faveurs de Jean-Michel Aphatie sur l'antenne de RTL. Il n'est à n'en pas douter que le journaliste a nécessairement reçu quelques indications du 133bis de l'Université selon laquelle il s'agirait d'un "favori".

Personnellement, j'ai déjà dit que je me moquais que le candidat soit désigné ou élu.
D'aucun ne manqueront pas de nous renvoyer à la face les règlements internes de notre organisation politique, je pense qu'il faut éviter de faire du juridisme et favoriser l'efficacité politique.

L'important au final est que chaque tête de liste soit représentée par un candidat qui brille par son efficacité, son aura, son intégrité et ses compétences.

Dans un parti aussi jeune que le nôtre, des élections internes ne seraient pas nécessairement constructives.

La candidature d'Alain Dolium reste à confirmer par un vote des adhérents lors des 10 et 15 décembre. Mais je me réjouis déjà qu'il s'agisse de sang neuf et d'un candidat qui ne soit pas un professionnel de la politique.

mercredi 25 novembre 2009

Croire à nouveau en l'avenir?

J'ai survécu à la Grippe A. Je suis un héros. J'attends un appel du Président Nicolas Sarkozy dans les minutes qui suivent. Je sauterai dans un Eurostar dès que possible pour recevoir la décoration qui m'est due.

Ce n'est toujours pas la grande forme mais je suis débarrassé des symptômes les plus encombrants et surtout satisfait de ne pas avoir diffusé mes germes avec ma petite famille.

J'ai évidemment beaucoup de retard dans mes lectures de blogs. J'ai toutefois lu en transversal ce qui s'était dit en mon absence. J'ai parcouru la presse sur Internet.

Rien. Rien d'intéressant.
Ou plutôt rien qui ne soit sujet à redonner du baume au coeur.

La France régresse toujours plus. Elle s'abêtit. Elle promeut des valeurs inacceptables comme "la fin justifie les moyens".

Elle se communautarise à vitesse "grand V". Il n'y a guère que quelques journaux pour constater l'évidence. Le problème sous-jacent de la communautarisation, en contradiction frontale avec notre héritage républicain, est la mise en exergue des différences et leur rejet par un partie de la population.
Le catholique que je suis est attristé de voir l'aisance avec laquelle l'être humain se crispera sur telle ou telle dissemblance au lieu d'embrasser ce qui nous rassemble.

Religion, milieu social, couleur de peau, groupe ethnique, etc. Toute subdivision est bonne à prendre pour ceux-là.

Lorsque le monde tend à se diviser entre musulmans et non-musulmans, on en oublierait presque que même chez les chrétiens, il existe encore une rancune tenace entre protestants et catholiques surtout du côté de nos amis irlandais. Parmi les catholiques, les intégristes s'opposent aux modérés. Les écoles divergent. Et aujourd'hui, les églises sectaristes pullulent notamment en Amérique du Sud.

C'est une démarche qu'il faut condamner. Il y aura toujours quelque chose chez son voisin qui sera différent. Un attribut physique, un passé, la taille du compte en banque, un mariage. Tout est sujet à provoquer l'envie et la colère.

Or, au lieu de rassembler, Nicolas Sarkozy divise. Il oppose les Français les uns aux autres.
Les grandes fortunes et la France d'en-bas, la France des banlieues et celle des beaux quartiers, ceux qui répondent à des conditions restreintes d'identité nationale et les autres, etc.

Un discours répressif
qui n'a même pas le courage d'y mettre des ressources à son service et n'a pour seule caractéristique que d'attiser les différences.
Condamner sans chercher à prévenir, c'est chaque jour creuser un fossé de l'exclusion toujours plus large dans lequel les Français tomberont de plus en plus nombreux. Car ne vous méprenez pas, chacun d'entre vous, surtout s'il est plus misérable que puissant, finira par tomber dans ce fossé.

Que répondre à cela?

Une répression juste, stricte mais qui soit servie par une justice humaine, c'est-à-dire qui ait le temps et les moyens de juger sereinement.
Parallèlement, il convient de mener une réflexion globale sur ce qui divise les Français et chercher à en tarir la source.

Mais il est sûr que l'un des premiers maux à traiter sera cette forme d'aristocratie de l'argent, vecteur d'inégalités croissantes, que d'aucun pensent à tort pouvoir un jour rejoindre légitimement.

Sauf qu'il ne s'agit nullement d'une méritocratie et que l'argent ne devrait pas être le seul étalon du Bonheur.

J'aimerais pouvoir un jour me dire que mes enfants, s'ils retournent en France, ne devront pas jouer le jeu du népotisme pour s'émanciper ni n'avoir comme seule perspective d'avenir l'enrichissement matériel.

Mais pour cela, il faudrait que les Français se décident à voter intelligemment...

Je sais, je suis amer.

jeudi 19 novembre 2009

La Grippe A?

www.mavie.com, version réactualisée du 36 15 my life.
Oui, car je vais vous parler de ma vie personnelle.

Vous avez pu le noter, je ne suis pas aussi réactif que d'accoutumée. Je n'ai pas répondu à tous les commentaires, je n'ai pas fait de billet hier.

Les raisons sont pourtant les meilleures du monde chers lecteurs.

Je suis cloué au canapé-lit avec ce qui avait tout l'air d'être une grippe...forcément par les temps qui courent, on songe immédiatement à la Grippe A.

J'appelle donc mon GP (médecin généraliste), qui me renvoit vers la National Pandemic Flu Service, un numéro à appeler pour vérifier qu'il s'agit bien d'une Grippe A et éviter qu'elle ne se propage chez le médecin même.

Car le cabinet médical refuse que je vienne voir le médecin.

Du coup, comme on appellerait une hotline d'un FAI quelconque, vous avez droit à des questions selon une procédure précise qui au bout de laquelle, le service autorise ou non la délivrance d'un traitement antiviral qu'il faudra aller chercher à une pharmacie nommée armé d'un numéro spécialement attribué.

Il est bien sûr fortement recommandé d'envoyer un ami ou quelqu'un qui ne présente pas de risques de contamination. Pendant ce temps, j'attends le médecin qui doit tout de même me voir pour des symptômes liés à la Grippe A.

Bon, en attendant, je vais me recoucher et tenter de trouver un endroit isolé pour éviter de transmettre le virus à mes proches...

mardi 17 novembre 2009

Qui est donc Tariq Ramadan?

Cela doit bien faire quatre ou cinq ans que j'assiste sur les médias télévisés français à l'apparition fréquente d'un personnage dont le nom ne peut qu'amuser l'auditeur tant on ne peut faire plus "musulman" en apparence.

On connaît désormais plutôt bien maintenant le faciès du sieur Tariq Ramadan. On sait aussi qu'il nous a été présenté comme le représentant et le théoricien d'un islam pacifié.

Ce que l'on ne sait pas, c'est ce qu'il est vraiment. En tous cas, certains éléments troublant viennent entâcher la crédibilité du personnage vu de l'extérieur.

Aussi, depuis quelques temps, Caroline Fourest a-t-elle décidé de mener une croisade, à la dimension toute personnelle, contre celui-ci, convaincue après avoir étudié et lu le Frère Tariq, que celui-ci tient un double discours.

Personnellement, j'avoue avoir toujours prêté une oreille attentive aux interventions de Tariq Ramadan.

Pourquoi? Car ce qui est certain, c'est qu'il s'agit d'un symbole.

Le symbole de cette volonté qu'a l'Occident de trouver un interlocuteur crédible prônant un Islam apaisé et qui puisse être le vecteur d'une paix sociale retrouvée.

Le symbole des stigmatisations autour de la crainte de l'islamisme et partant, le symbole du spectre de l'islamophobie.

Oui, car je ne sais toujours pas aujourd'hui si Tariq Ramadan tient effectivement un double discours. Un discours qui d'un côté flatterait l'auditoire de tradition judéo-chrétienne, de l'autre, un message de confiance à destination des radicaux islamistes. Bref, "s’agit-il d’un intellectuel prônant un islam libéral et moderne ou d’un prédicateur islamiste simplement poli et habile ?"

Je ne sais effectivement pas où il se situe.
Je ne l'ai pas lu, pas plus que je n'ai lu Caroline Fourest.

Je me contente des interventions télévisées auxquelles j'ai pu assister (bien qu'elles soient insuffisantes).
A priori, j'éprouvais une certaine sympathie à l'égard de Tariq Ramadan dans la mesure où il s'agissait pour moi du premier intellectuel musulman connu en Occident dont le message semblait pacifique au premier abord.

Mais depuis, le message s'est brouillé parasité par des événéments et des contradicteurs zélés.

Dès lors, je m'interroge.

Y a-t-il ou n'y a-t-il pas de double discours?
Si oui, comme se fait-il qu'il ait toujours une crédibilité auprès de deux catégories de population?
En effet, d'aucun craignent que nous ne soyons manipulés alors que la menace islamiste pénétrerait de l'intérieur mais ce serait oublier que ce double discours serait entendu par les prétendus amis islamistes. Ne devraient-ils pas offensés que Tariq Ramadan condamne publiquement les déviances de gouvernements radicaux tels que celui à la tête de l'Iran?

Le moins que l'on puisse dire est que l'aura de ce personnage est sulfureuse: immédiatement, on a su qu'il est effectivement parenté à Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans, organisation islamiste. On lui reproche aussi de prétendre prôner un islamisme libéral tout en cautionnant la polygamie.
Certains en outre, ne lui pardonnent pas sa faiblesse face aux violences faites aux femmes, violences légalisées dans certains pays contre lesquels ils revendiquent l'instauration d'un "moratoire".

Tariq Ramadan est peut-être habile. C'est possible. Il est aussi possible que ce double discours soit nécessaire pour ne pas prendre de front un islam disparate et sous influence de groupuscules islamistes.
Mais il est tout aussi possible que sous couvert de lutter contre l'extrêmisme islamique, ce soit en fait contre toute forme de religion que l'on se batte.
Certains aimeraient que les religions du Livre prônent un message de totale liberté, de désinhibition. Je suspecte même que ceux-là aimeraient que les religions cautionnent des tendances à l'égoïsme et à la recherche du plaisir afin de les déculpabiliser.

J'espère qu'il ne s'agit pas de cela.
Le plus difficile dans tout cela est que lorsque je lis Caroline Fourest ou que j'écoute Tariq Ramadan, j'ai tendance à être d'accord avec les deux.

Tariq Ramadan, je prie pour que vous soyez effectivement le représentant d'un islam apaisé et qui prône l'Amour avant tout.
Pour être tout à fait honnête avec vous, je préfère notre Dieu est Amour à votre Dieu est Grand.
Mais si nous nous retrouvions sur ce message de paix, j'en serais le premier satisfait.

lundi 16 novembre 2009

Le plaisir sexuel n'est pas le Bonheur

Réac is back !

Je crois que je vais finir par m'adresser au chef de file de la réacosphère et postuler pour une place de choix tant l'actualité me donne l'envie de réagir en contrepoids de ce que d'aucun qualifient de "progrès de société". Je ne pense pas nécessairement aux affreux gauchisses mais aux tenants de la bienpensance aux vagues relents soixante-huitards qu'ils soient de gauche ou de droite et dont le credo est de militer pour une société toujours plus individualiste, où le plaisir transcenderait toute autre forme de valeur.
Chacun aurait le droit de rechercher le plaisir et il n'y a que peu de raisons contre lesquelles il serait désormais admis que l'on s'opposât à cette quête. Certains démontrent une agressivité certaine à l'idée même que l'on puisse interférer tant l'idée même réveille quelques réminiscences anticléricales.

Mais la promotion du plaisir personnel n'est-elle pas un frein à la constitution du bonheur collectif? Sortez une feuille blanche, vous avez trois heures...

S'il est vrai qu'il s'agit là d'un des messages fondamentaux du Vatican, les plus anticléricaux apprécieront l'ironie: la Révolution Française portée par le libéralisme, que l'on ne peut guère suspecter d'être un parangon de chrétienté, a promu notamment la recherche du Bonheur en valeur fondamentale.

C'est ici que deux écoles philosophiques divergent quant à ce qu'est le Bonheur et la façon de l'atteindre. On pensera spontanément aux épicuriens, aux stoïciens et aux utilitaristes qui ont abondamment débattu sur la notion même de plaisir.
"L’idéal utilitariste, c’est le bonheur général et non le bonheur personnel."
Par "bonheur" on entend le plaisir et l’absence de douleur ; par "malheur" la douleur et la privation de plaisir.
Le Plaisir ici défini s'oppose au plaisir physique par nature, le plaisir que j'évoque dans ce billet, ce qui a par ailleurs existé de tous temps au travers de la notion de "passion". La connotation positive dont on affuble ce terme aujourd'hui n'est pas anodine. Passion vient étymologiquement du latin patio et du grec pathos qui signifie "je souffre" et "souffrance". On ne pouvait alors dissocier la passion, c'est à dire la satisfaction d'un plaisir de son corrollaire, la souffrance engendrée par cette quête infinie.

Car le plaisir (avec un p minuscule) est un instantané. Il s'oppose au Plaisir (P majuscule) en ce qu'il ne permet pas l'absence de douleur. Trivialement, étouffez la source du plaisir, et vous provoquerez la douleur du sujet. Or, naturellement, la source du plaisir nous est extérieure. Reprenons les sept péchés capitaux: l'acédie (ou la paresse spirituelle), l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l'envie.
A chacun de ces péchés correspond un plaisir, le repos, la satisfaction, la gourmandise, la sexualité et le luxe, les deux derniers n'étant que les conséquences d'un plaisir non satisfait.

La sexualité figure donc bel et bien dans cette liste. La quête du plaisir immédiat, la satisfaction d'une pulsion sexuelle ne s'accommode pas de la recherche du Bonheur.

Cela me rappelle une conversation que j'avais eu au restaurant avec un très bon ami qui idéologiquement est à l'exact opposé de mon approche du plaisir et de la sexualité en général. Je lui disais qu'il ne fallait pas nécessairement mener une vie d'ascèse pour parvenir au Bonheur. Au contraire, je pense que l'on savoure d'autant plus les plaisirs sur ce chemin si tant est que l'on n'en fait pas une finalité.

Ainsi je suis profondément gêné par cette société du tout-économique et de la déformation du libéralisme qui n'en a gardé que l'approche individualiste. Cette société de la surconsommation qui pousse à satisfaire un plaisir immédiat. Or, un plaisir satisfait ne demande qu'à être réitéré.
On sait tous où nous mène cette course.

Je ne peux dès lors approuver le message envoyé à nos enfants, adultes en devenir, dont on voudrait leur faciliter l'accès à la contraception par le prisme d'une instutition éducative sans pour autant accompagner ces mesures de la nécessaire campagne de sensibilisation à la sexualité dans le cadre d'une relation adulte sérieuse, et prête aux responsabilités induites par la procréation fût-elle non désirée.

Ne me dites pas que ce n'est pas la mission de l'Education Nationale. A partir du moment où l'on facilite l'accès à la contraception aux adolescents, encore plus fragiles devant le besoin de satisfaction du plaisir, on a déjà franchi les limites de sa mission et versé dans une forme de militantisme. Que l'on fasse preuve de pragmatisme en permettant un accès à la contraception n'interdit pas que l'on accompagne ces mesures d'une promotion de la responsabilisation.

J'anticipe les réactions que je vais lire ça et là, surtout après avoir écrit tout récemment un billet qui a donné lieu à quelques querelles animées, écrasant au passage le record du nombre de commentaires sur Unique et Commun.

Appelez-moi réac si vous le voulez. Traitez moi d'intégriste ou de conservateur.
Si pour vous, cela revient à promouvoir l'Amour, la Vie, le Bonheur et donc l'ouverture, le don de soi, et l'affranchissement du besoin personnel, je le revendique.

Mais nous ne devrions pas en arriver à cette situation car l'Etat doit être neutre et laïque.

Il revient aux parents de faire le choix d'éducation pour leurs enfants. Si mes enfants étaient forcés d'évoluer dans un environnement et surtout au sein d'une institution qui promeut la consommation sexuelle à tout crin, je ne verrais que le militantisme catholique à lui opposer afin de contrebalancer l'approche égocentrée du plaisir par un message d'Amour.

La neutralité de l'Etat ne serait plus assurée. Je me tournerais nécessairement vers les institutions privées et respectueuses de chacun.
 
blog d'expatrié