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vendredi 2 octobre 2009

L'écologie sauvera-t-elle l'Europe?

On peut dire que ça fanfaronne du côté de l'alliance Europe-Ecologie depuis leur résultat inespéré aux dernières élections européennes.

Sans qu'il soit besoin de faire quoique ce soit, il suffit de laisser le PS s'entredéchirer et le MoDem cumuler les erreurs de communication pour qu'ils soient érigés en principal opposant à la majorité actuelle. Sauf qu'il faut s'empresser d'éviter les jugements hâtifs.

S'agit-il d'un mouvement généralisé? Union Européenne et Ecologie riment-elles ensemble?

A en croire, le Daily Telegraph, c'est aussi le cas en Grande-Bretagne.
Il n'y a qu'un seul domaine dans lequel les électeurs britanniques ont confiance en l'UE - l'environnement.
(...) when it comes to the environment, nearly three times as many Britons say that the EU has had a good effect as disagree; only fighting terrorism runs it close. And it is the sole issue where opposition has not grown since the middle of the decade. It is also is one of the very few areas where Britons forget their hostility to Brussels regulations.
Traduction: Lorsqu'il s'agit d'environnement, près de trois britanniques disent que l'UE a un bon effet pour un mécontent; seul la lutte contre le terrorisme s'en approche. Et c'est le seul cas dans lequel l'opposition n'a pas augmenté depuis le milieu de la décennie. C'est aussi l'un des très rares domaines dans lequel les Britanniques oublient leur hostilité à la réglementation de Bruxelles.
They are not wrong. Ever since Britain joined Europe, Brussels has been the driving force in reducing pollution and protecting the environment. A stream of directives – backed up with prosecution when governments have failed to implement them – has cleaned our beaches and drinking water, reduced air pollution, protected wildlife areas and the countryside, and forced developers to assess major projects' environmental impact.
Traduction: Ils n'ont pas tort. Depuis que la Grande-Bretagne a rejoint l'Europe, Bruxelles a été le moteur dans la réduction de la pollution et la protection de l'environnement. Un flot de directives - supporté par les poursuites à l'encontre des gouvernements qui ne les ont pas transposés - a nettoyé nos plages et notre eau potable, réduit la pollution atmosphérique, protégé les milieux sauvages et la campagne, et forcé les constructeurs à évaluer l'impact sur l'environnement de leur principaux projets.

On peut tirer plusieurs enseignements de cette apparente confiance des électeurs en l'Europe quant à la protection de l'environnement:
  1. Il s'agit effectivement d'un domaine où l'harmonisation est plus ambitieuse que dans d'autres. La réglementation est concrète, visible et surtout efficace.
  2. Les électeurs constatent l'échec de l'Europe dans les autres domaines
  3. Si certains souhaitent plus d'harmonisation en réponse aux défaillances européennes, d'autres rejettent tout simplement l'idée d'une Europe politique et sociale. Malheureusement, Barroso ayant été reconduit à la tête de la Commission Européenne, seul véritable organe contrôlant la législation européenne*, il n'y a véritablement pas de quoi espérer que nous fassions un bon en avant salutaire au travers des instances traditionnelles communautaires. Effectivement, il y aurait fort à craindre que le maintien de l'inefficacité et de l'absence d'harmonisation intracommunautaire puisse réduire encore les ardeurs des plus fervents europhiles.
  4. Toute proportion gardée, les Verts ne représentant au total que 6,9% du Parlement Européen, et 8,38% du vote britannique. L'écologie n'est peut-être plus vu comme le monopole d'un parti.
Il y a de quoi rassurer les militants démocrates car je crois qu'avec Europe-Ecologie, le MoDem est certainement le parti politique le plus avancé sur les questions environnementales, et ce grâce notamment à la très reconnue Corinne Lepage, et aux transfuges des Verts comme Jean-Luc Bennhamias, Yann Wehrling ou Danièle Auffray.

Le tout est de savoir le communiquer.

*En l'état actuel du droit applicable, c'est-à-dire avant le Traité de Lisbonne.

lundi 8 juin 2009

Pour changer des élections françaises

N'oublions pas que le suffrage qui vient de se dérouler est à l'échelle européenne et qu'il n'est pas inintéressant de constater le mouvement global plutôt qu'une analyse pays par pays.

Tout d'abord, comme l'on pouvait se douter, le Labour s'est fait ratissé sévèrement ici au Royaume-Uni. Mais ceci ne s'est pas fait au profit d'une seule formation, loin de là.
Il y a, à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle:
La mauvaise (je préfère toujours finir sur une note positive): l'UKIP (Parti de l'Indépendance du Royaume-Uni) reçoit 17,5% des suffrages, raflant au passage un siège de MEP (sigle anglais pour député européen) supplémentaire.
La bonne: les LibDems (équivalent du MoDem, siégeant ensemble à Strasbourg au sein de l'ADLE); remportent 14% des suffrages, obtenant lui aussi un siège supplémentaire.
C'est tout le paradoxe de la Perfide Albion: rejet et désir d'Europe se cotoîent.

A l'échelle de l'Union, voici un graphique tiré due The Guardian:


On y apprend notamment que:
1. Le score des LibDems est au-dessus du niveau européen et que celui du MoDem en France est lui, très en deça (le contraire eut été étonnant).
2. Les changements par rapport à la précédent législature sont peu nombreux
3. Le résultat inespéré d'Europe-Ecologie en France (près de 15%) est très supérieur aux résultats des Verts en Europe (près de 7%).

Je vous invite à regarder ces statistiques avec circonspection et surtout sous un angle affranchi des réflexes nationaux. Le PPE n'est pas l'équivalent de l'UMP, le PSE par celui du PS et l'ALDE pas non plus celui du MoDem. Il est fréquent que s'y côtoient des partis aux affinités partielles et au vote, non homogène...ainsi en va-t-il du PSE partagé sur certaines questions, notamment en ce qui concerne le choix du Président de la Commission.

Notons au passage que les Conservateurs anglais ont décidé de se retirer du PPE qu'ils jugent trop "pro-européens". Etant donné que le pouvoir leur est promis sur le territoire de Sa Majesté aux prochaines élections, ce n'est décidément pas avec le Royaume-Uni que la construction européenne avancera d'un grand pas dans les temps à venir.

lundi 27 avril 2009

Utopia : déméler les bonnes idées des fausses

Lors d'un échange anodin avec Madame, dans un endroit qui ne s'y prétait guère, me voici en train de digresser insatiablement sur un thème propre aux effusions prolixes: "Et si..."

Je ne doute pas un instant que la variante suivante rencontre un succès sans pareil au bar-PMU "Chez Dédé" ou près de la machine à café avec votre collègue Jean-Guy* : "Et si tu gagnais à l'Euromillions?"

Non, chers lecteurs, je ne vous propose pas d'étendre ici cette discussion de comptoirs mais d'en élaborer une autre pour laquelle Internet devrait être définitivement un média d'intérêt.

"Et si vous étiez Président de la République? Et si vous étiez Président d'une Europe fédérale unie? Et si vous aviez le pouvoir de faire adopter les lois de votre choix par la France ou l'Europe?"

L'intérêt de l'exercice sera de régulièrement analyser et soumettre à la critique les vraies et les fausses bonnes idées. Un exercice que je ne manquerai pas de tenter moi-même dans un premier temps.

Je me lance d'ores et déjà sur une première idée:

Et si j'étais Président d'une Europe fédérale?
Je ferais voter une loi sur les droits de douanes, soumettant toute importation à destination de l'Union Européenne à une taxe dont le taux serait fixée chaque année par une commission d'experts indexé sur la situation économique et sociale du pays de production et ce, par secteur d'activités.

Par exemple, l'importation de vêtements de prêt-à-porter produits aux Etats-Unis serait soumis à une taxe que la commission aurait établi à 15% (chiffre fictif) en raison de charges sociales plus faibles et d'un salaire moyen inférieur. L'importation des mêmes produits en provenance du Viêt-Nam serait soumis à une taxe établie à 150%.

Avantages: réduction du dumping social, incitation au développement économique intra-Européen, concurrence équilibrée et humaine entre économies des pays occidentaux et pays moins développés

Inconvénients: travail collossal, mise en application difficile, impact immédiat sur les économies moins développées hors Europe, entreprises européennes moins concurrentielles à court terme, effet dissuasif pour les capitaux et investissement à court terme

*Nulle envie de plagier la série à succès de la petite chaîne qui monte. Pour l'anecdote, un de mes collègues en France s'appelle Jean-Guy et disons qu'il a acquis une certaine notoriété au sein de l'entreprise qui n'est pas due à ses qualités professionnelles...

mardi 24 mars 2009

Si l'Europe était...

Reprenant la chaîne relancée notamment ici et , l'idée de parler de sa vision de l'Europe a travers une sorte de portrait chinois m'a plu.

Si l'Europe était un animal, ce serait un lion. Loin d'être le fauve sanguinaire auquel certains songeraient, le lion symbolise la puissance et la sérénité. Son autorité naturelle sur sa tribu est une parfaite analogie de l'autorité intellectuelle que je souhaite un jour pour une Europe unie.

Si l'Europe était une fleur, ce serait...un pissenlit dont les aigrettes permettent une dissémination optimale par le vent, telles les libertés et valeurs démocratiques qu'une Europe forte saurait répandre à travers le monde.

Si l'Europe était une toile, ce serait une oeuvre accessible. Impressionniste vraisemblablement. Cette toile devrait évoquer l'harmonie et le bien-être collectif. Le Déjeuner des Canotiers d'Auguste Renoir?

Si l'Europe était une ville, une ville fortement cosmopolite où cohabitent riches et moins riches, où diverses ethnies se rassemblent autour des mêmes valeurs. Un ville respectueuse de l'environnement et de l'être humain à la pointe de l'économie moderne. Pas une cage à poule, pas de barre HLM, des services publics exemplaires, sécurité et liberté en parfait équilibre.
Bref, Utopia.

Si l'Europe était un personnage, ce serait la combinaison d'un philosophe des Lumières, d'un religieux éclairé et d'un psychanalyste. Rousseau, Jean-Paul II et Lacan.

Si l'Europe était une chanson, ce ne serait pas une chanson d'amour galvaudée, une chanson "marshmallow" mais une chanson de révolte qui exhorterait à l'amour de son prochain. Loin d'être niais en ces temps troublés où l'humain n'est plus au coeur du système et où l'argent méprise la Vie, ce serait une chanson salutaire...presque un exutoire. Aimer, ce n'est pas juste déclarer, c'est agir tous les jours. L'Europe doit mener une guerre silencieuse et de longue haleine contre un aréopage financier. How long, how long must we sing this song? Sunday Bloody Sunday.


mardi 24 juin 2008

They try to make me go to revote but I say "no, no, no!"


Nonistes et ouiistes se livrent une guerre sans fin sur Internet au sujet de cette Europe que désaffectionnent beaucoup des peuples qui ont été paradoxalement à l'origine de cette merveilleuse idée.

Je suis toujours un peu gêné face à cette tendance dans l'air du temps à opposer les citoyens entre eux sur tout et n'importe quoi lorsque peu font l'effort d'analyser les raisons qui ont amené les uns à voter "non".

Pis encore, certains condamnent vertement et cataloguent les uns chez les pros, les autres chez les antis. Manière quelque peu manichéenne et simpliste que de traiter un problème aussi complexe que l'Europe.

Je le confesse ici, je fais partie des Français qui ont voté "non" au référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l'Europe (le "TCE"), le 29 mai 2005.
Ce projet, je l'ai pourtant lu et étais en mesure de le comprendre.

Je ne me reconnais pas pour autant dans la famille des nonistes ou des ouiistes car je suis à l'opposé de l'anti-européanisme que l'on voudrait affubler les nonistes, et ne partage pas la politique du béni-oui-oui des ouiistes.

Je regrette cependant et suis toujours autant scandalisé que pour seule réponse médiatique et politique l'on nous jette à la figure qu'il n'existe pas de plan B et qu'à cause de ce rejet, l'évolution de l'Europe est reportée sine die.

Si le seul choix admissible est de voter "oui", les Castristes apprécieront l'ironie.

L'Europe d'aujourd'hui est en panne d'idéal, et les Européens le sentent bien.

Si à l'origine la communauté économique et la zone de libre-échange étaient le vecteur idéal de la paix en ce qu'elle favorisait la solidarité dans un contexte faste, aujourd'hui, le spectre de la globalisation précarise, affaiblit les plus faibles, renforce les plus forts, et surtout est présentée par certains gouvernants et spécialistes comme une fatalité :

"L'ultra-libéralisme des capitalistes voyous, c'est le jeu ma pauv' Lucette !"

Dès lors, comment adhérer à une Europe qui ne sait pas proposer d'alternative à ce modèle de société économico-économique?
Comment s'identifier à une Europe qui envisage l'entrée de la Turquie alors qu'elle ne sais pas bien encore à quoi elle doit ressembler?

Ce "droit d'inventaire" pourrait bien se révéler fort utile en ce qu'il permettrait de voir les pays les plus proches, et ceux les plus distants, ceux prêt à l'harmonisation à court terme et ceux nécessitant un travail plus long, quels sujets nous réunit, quels sujets nous divisent.

Ce pourrait être le préalable idéal pour la constitution d'un noyau dur d'États à la proue de l'Europe, sorte de mini fédération qui loin de stigmatiser les différences, ferait l'effet d'un moteur auquel se rattacher.

Le plus ubuesque sans doute est que l'expansionnisme de l'UE aura jusqu'à présent réveillé les tensions en ce qu'elle tente d'occulter honteusement l'impossible égalité entre pays aux politiques salariales, sociales et fiscales foncièrement différentes. Le noyau dur permettrait de rééquilibrer ce jeu à court terme, les Français sont prêts à cela.

Plutôt que la machine à casser du social lancée par Sarkozy Ier, ce rééquilibrage aurait pour vertu de nous rapprocher des autres États y participant.

Lorsque les médias se font l'écho du concert d'indignation orchestré par les représentants européens et nationaux ("il faut faire revoter l'Irlande!"), l'effet désiré est dramatiquement contraire en donnant la sensation (justifiée?) aux peuples d'Europe que cette UE là n'est pas disposée à comprendre leurs peurs, leurs craintes, leurs désirs.

Non, je dis mille fois non lorsque l'on me répond qu'il n'y pas de solution à apporter à ces motifs de crainte donner purement internes (crise économique, chômage, crise alimentaire, énergétique...). Mettons-nous d'accord avant tout sur ce qui nous unit.

Les Européens ont besoin de rêver de nouveau à l'Europe mais avant de parler organisation, parlons identité.

L'idée de Nation n'est-elle pas le pré-requis à l'établissement d'une Constitution?

Plus qu'un pré-requis, elle en est le corollaire. De la Nation naît la légitimité d'un ordre social commun, et donc de l'idée de Constitution.

Europe, écoute ton peuple. Il n'attend que toi.

PS: J'aurais pu nommer ce billet "Je t'aime, moi non plus!"
PPS: Pour ceux qui n'auraient pas lu Pif Gadget, l'image est tirée de la série les Rigolus et les Tristus
 
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