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mardi 28 juillet 2009

Travailler le dimanche: Xavier Darcos se moque de nous !

C'est trop beau pour ne pas être souligné:

Xavier DARCOS se félicite de l’adoption de la proposition de loi réaffirmant le principe du repos dominical par le Sénat.

On ne recule devant rien au gouvernement, surtout pas devant une bonne dose de mauvaise foi et d'ironie déplacée.

Si Maître Eolas n'était pas en congés, pour sûr il convoquerait l'Académie Busiris afin d'attribuer au Ministre du Travail son prix.

Je reste encore atterré par tant de mauvaise foi...

Mise à jour: Pendant que le malaise de Sarkozy continue de faire parler, allez plutôt me lire les billets de Peuples et de Marc sur les chiffres du chômage. Ensuite, je vous conseille ce très intéressant billet chez Reversus à propos du creusement des inégalités salariales.

Mise à jour 13:00: Sur le même sujet, je vous invite à lire cet excellent billet de Vonric sur la vision qu'ont les Anglais de la réforme sur le travail du dimanche...

lundi 20 juillet 2009

Travailler le dimanche, c'est la conquête de l'espace !

Nous célébrons aujourd'hui le quarantième anniversaire du premier pas sur la Lune.

D'aucun ne manqueront pas de se lamenter à hue et à dia que ces sommes astronomiques (image on ne peut plus adéquate!) eussent servi une cause plus noble (mettre un toit sur la tête des SDF, nourrir les plus démunis, contribuer à l'achat d'un nouveau jet pour le Président...rayez la mention inutile).

Je ne puis que m'opposer à ces indignations teintées de bienpensance en ce que la conquête spatiale reste un rêve de l'humanité. En ces temps iconoclastes où la désespérance gagne, rêver n'a pas de prix. Certains rapportent que le "petit pas" pour Neil Armstrong avait été suivi par près d'un milliard de personnes sur la planète au travers du petit écran. Or, en 1969, tout le monde ne pouvait s'offrir le luxe d'en posséder un soi-même, ce qui a motivé l'organisation d'une telle retransmission en des lieux publics tels le Drugstore des Champs-Elysées, the place to be. Imaginez-vous la motivation qu'il faut pour s'entasser dans un centre commercial pour entr'apercevoir avec peine une petite tâche blanche sur un fond gris sur un écran de 36cm à 3h56 du matin.

La conquête spatiale, c'est cela aussi. Et que des Nations aux intérêts parfois divergents puissent s'unir dans ce même but, que des peuples rêvent ensemble à ce mythe, je ne puis que m'enthousiasmer. Mettre en concurrence ce rêve avec les contingences de notre système économique à la dérive et la précarisation de l'humanité est incohérent et participe de l'idée que l'argent doit nécessairement servir une cause utile, pragmatique.

Un rêve ne sauve pas de vie mais il nous donne plus d'humanité.
Vouloir que les fonds ne servent que la recherche appliquée, utile, palpable, pragmatique et non la recherche fondamentale, utopiste, coûteuse, abstraite, contribue un peu plus au sacrifice de l'humain sur l'autel du "tout-économique".

De l'argent contre votre rêve, contre un symbole. Comme si un symbole pouvait s'acheter.
A l'instar du travail du dimanche: renoncer à un symbole contre un peu d'argent.

Que voulez-vous, certains choisissent leurs indignations, aussi incohérente soit leur posture.
Pendant ce temps-là, ces mêmes gens continuent d'aller acheter leur baguette 6 jours sur 7 ou aller au restaurant le dimanche, sans que cela ne les ait jamais offusqué.

Laissez-nous nos rêves, tant qu'il nous en reste.

mardi 7 juillet 2009

Travailler le dimanche: la farce du volontariat

Nicolas Sarkozy est un entêté.
Ça, nous le savions déjà. Désormais, c'est le travail du dimanche qui semble être l'objet de sa lubie.

J'ai déjà eu l'occasion d'exprimer mon scepticisme quant au projet d'ouverture des magasins le dimanche en France bien qu'en Angleterre, cela fonctionne plutôt bien. Seulement, le raisonnement n'est pas transposable d'un pays à l'autre. Question de culture sans doute.

Le premier pilier de cette réforme aux allures d'arlésienne, serait de s'en remettre au volontariat.
Seuls les salariés volontaires pourraient être éligibles à un tel dispositif. Le second serait que la rémunération du travail du dimanche serait double...[Mise à jour 18h00: Seulement pour certains !]

L'ypocrisie du volontariat

Petit rappel à destination des profanes du droit: notre système juridique de "droit civil" repose sur un corpus hérité du droit romain dans lequel la théorie de l'autonomie de la volonté nous a donné notre droit des contrats moderne. Un contrat n'est valablement conclu que si les parties ont eu un consentement libre et éclairé, c'est-à-dire exempt de pressions, de tromperies, de violence...

Aussi, le législateur s'est-il rendu compte au fil de l'Histoire, que l'on ne pouvait traiter tous les contrats de la même manière.
Ainsi naquîrent certaines branches du droit dont le droit du travail élaboré afin de prendre en compte la dimension déséquilibrée de la relation employeur/salarié qui appelle une protection particulière de la partie la plus faible. En effet, le pouvoir de négociation, le "bargaining power" en droit anglo-saxon, est susbtantiellement différent selon le côté du lien de subordination où vous vous situez. Ainsi, le droit social s'est constitué sur la base de garde-fous en faveur du salarié afin de contrebalancer la toute-puissance de l'employeur dont la seule véritable limite avait été jusque là la capacité d'épuisement physique ou moral du travailleur.

Or, le contexte actuel rend la position du salarié encore plus fragile que d'accoutumée: baisse du pouvoir d'achat, glissement des revenus du travail en faveur du capital, omniprésence du chômage et crise économique accentuent ce déséquilibre en faveur de l'employeur.

En effet, qui a véritablement le choix?

La population visée par le travail du dimanche est essentiellement celle des caissières, des serveurs, des hôtesses, des agents de rayons, etc. Des postes qui brillent par leur précarité et leur faible rémunération.

Comment empêcher ces français de sacrifier leur dimanche de crainte de n'être mal vu par sa hiérarchie?
Comment empêcher un employeur de vous rappeler que 100 candidats sont prêts à accepter votre poste et de travailler le dimanche?
Comment empêcher que l'on vous refusât vos dates de congés, de partir plus tôt le vendredi ou de vous éclipser tel jour pour aller chercher votre enfant à la crèche parce qu'officieusement vous avez refusé de travailler le dimanche?
Comment ne pas voir que ces français ne pourront se permettre de refuser cet argent supplémentaire pour vivre décemment?
Comment empêcher ces français d'accepter de renoncer à une semaine de vacances en échange d'un poste de travail?

"Travailler plus pour gagner plus"
vous rétorquera-t-on.
Combien représente le surplus de rémunération pour la plupart de ces salariés? 100 euros pour la journée?

100 EUR de plus sur votre fiche de paye en échange d'une journée avec votre famille, vos amis, à profiter de vos loisirs, à lire, à prier, à méditer...100 EUR pour un peu de liberté. Oui, quand on est au travail, on n'est pas libre.
100 EUR contre tout ça...c'est ce qu'on appelle le sens des valeurs.

Mais le problème n'est pas celui du montant: la contrepartie financière rend-il votre consentement libre et éclairé? Suffit-il d'allonger les zéros pour compenser l'inchiffrable?

Mais que pouvait-on attendre d'un gouvernement dont l'omniprésident a décidé d'ériger l'argent en seule valeur digne d'intérêt?

Des volontaires pour travailler le dimanche?
Nul doute que ces volontaires sont d'ores et déjà désignés...

Mise à jour 18:00: Allez lire le billet de Disparitus et celui de Claudio qui abordent le problème sous d'autres angles tout aussi intéressants.
 
blog d'expatrié