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jeudi 9 juillet 2009

Pour le gouvernement, la crise est avant tout dans la tête !

Il y a longtemps que l’on n'ignore plus cette propension maladive du gouvernement à faire appel aux rapports, aux experts et aux commissions.

Je ne me fais guère plus d’illusions quant aux raisons d’une telle tendance : donner la couleur de l’impartialité à des constats et des mesures orientés.

De rapport d’expert nous passons à une forme de propagande gouvernementale.

Ainsi en était-il des rapports qui ont justifié le projet de loi Hadopi (dont la deuxième mouture vient d’être votée par le Senat, notamment par le groupe centriste présidé par un membre du groupe MoDem totalement opposé mais mis en minorité), chacun soutenant mordicus sans pour autant démontrer chiffres à l’appui la corrélation entre téléchargement illicite et crise de l’industrie culturelle.

Ainsi en est-il aujourd’hui avec ce rapport remis par le « Centre d’Analyse Stratégique » à « NKM ».

Mais qu’est-ce donc que cet organisme que l’on présente comme expert et indépendant ?

Un rapide coup d’œil sur le site institutionnel du "CAS" nous apprend que :
Le Centre d’analyse stratégique est un organisme directement rattaché au Premier ministre. Il a pour mission d’éclairer le Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle.
En outre, quand on sait que son Directeur Général est issue du sérail politique, nulle besoin d’aller plus loin : question indépendance, c’est râpé.

Peu importe qu’il ait servi la gauche comme la droite, on sait déjà que le débauchage à la sauce Sarkozy est plus un exercice de communication qu’une entreprise d’ouverture idéologique.

Le rapport
Ce fameux rapport procède à de bien curieuses analyses :

Education : on constate effectivement un phénomène de surqualification, des difficultés d’insertion croissantes pour les diplômés du supérieur mais on conclut tout de même « que le diplôme demeure la meilleure garantie d'emploi et de progression sociale. » Quels diplômes? Quelles formations ? Où sont les analyses quant aux disparités entre régions, formations, origines sociales ou ethniques ?

Revenus : on nous assène encore que le pouvoir d’achat est en constate augmentation ! Où est la critique des indices permettant de mesurer ce « pouvoir d’achat » ? Quid de l’augmentation exponentielle des coûts liés au logement ? L’intégration de certaines dépenses courantes pourtant indispensables ?

Logement : la qualité des logements n’a cessé d’augmenter même si la part du budget qui y est consacré est passé de 10% en moyenne en 1984 à 19% en 2006. Quid de la question de l’accession à la propriété ? De l’accession au prêt ?

Finalement l’article conclut par :
Dans le même temps, une partie des projets de mobilité a été bloquée : les ménages les plus pauvres sont contraints de rester dans les territoires les plus disqualifiés; les ménages moins aisés renoncent à l'accession et restent dans le locatif. "Si cela ne constitue pas un déclassement objectif, cela se traduit pour le ménage concerné par le renoncement à une ascension espérée, et donc par un déclassement ressenti", souligne les chercheurs.
Quel message veut-on faire passer ? Tout est dans la tête, chers lecteurs. Que voulez-vous, les français ne sont que de faibles esprits aigris et pessimistes alors que la réalité est si belle !

De là à dire que ces politiciens qui ne souffrent pas la vie du vulgus pecum se sont enfermés dans un déni la situation économique et sociale en France au mépris de la réalité, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

vendredi 19 juin 2009

Plan de com' à pas cher, qui n'en veut?

Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique avait organisé un dîner mardi 16 juin avec plusieurs représentants éminents de la blogosphère, accueillis pour l'occasion sous les ors de la République.

Spontanément, je ne peux m'enlever de l'esprit ce billet d'Aliocha sur les tentatives de manipulations exercées par le pouvoir sur la blogosphère, fût-ce à son corps défendant. Si l'on peut déjà craindre la collusion, il faut surtout redouter l'instrumentalisation qui puisse en être faite.

Or, en l'occurrence, on ne peut que s'interroger dans un premier temps sur le profil des invités, uniquement blogueurs politiques, Criticus nous en dresse par ailleurs une liste non exhaustive.

On nous répondra que le thème de la soirée ne concernait que les blogueurs politiques. En effet, comme indiqué chez Luc, le Chef avait mitonné au menu du dîner:
Y a-t-il une conscience politique numérique ? Quel est le véritable impact d’Internet sur une élection, sur une décision politique ? Quelle est la frontière entre le journaliste et le blogueur ? Le citoyen de demain sera-t-il forcément connecté? A quoi ressemblera l'élu 2.0 ?
Or, voyez-vous, comme Criticus me l'a confirmé en commentaires, ces questions n'ont pas été abordées. La ministre l'aurait "regretté à la fin de la réunion". Bon, on s'en est mis plein la panse, on a eu une discussion détendue et informelle...ah zut, on a oublié pourquoi on s'était réuni. Cela peut arriver entre copains, on se laisse enivrer par la légèreté du moment, mais ramené à une conférence, ou une colloque professionnel, ne pas aborder ne serait-ce qu'une seule des problématiques au programme a de quoi laisser circonspect.

Heureusement, certains internautes restent vigilants. On peut lire ce commentaire pertinent d'Aurélien chez Criticus:
(...) ce principe de com qui fait des blogueurs des "intimes" de cette sphère politique inaccessible au commun des mortels, en échange de quoi chacun va y aller de son billet amusé, critique ou enthousiaste, c'est un jeu gagnant gagnant. Mais c'est elle qui tirera le plus grand bénéfice de cette flatterie subtile. Le but de la manoeuvre est d'avoir des commentaires légers (donc positifs pour NKM) sur son nom, ce qui alimente son image branchouille malgré vous. La blogosphère est instrumentalisée malgré elle depuis la présidentielle de 2007, c'est une formidable caisse de résonnance pour pas cher.
On peut effectivement réfléchir à cela. Doit-on ou ne doit-on pas rédiger des billets sur ces soirées? Croit-on réellement que si demain les blogueurs cessaient de publier des billets sur ces réunions, celles-ci continueront à être organisées par les représentants du pouvoir?
Comment se fait-il que certains blogueurs, comme Criticus, ne s'étonnent pas publiquement que le thème de la soirée n'ait même pas été évoqué, qu'il n'y a eu aucun débat formel, etc...

Restons vigilants.
 
blog d'expatrié