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mercredi 7 octobre 2009

Sarkozy: il n'a pas Free, il a rien compris

En tant qu'ancien Freenaute - désormais Virginaute (?) - je garde une certaine sympathie à l'égard de ce fournisseur d'accès à Internet, véritablement porté par un projet d'entreprise et par la vision de son fondateur, Xavier Niel.

Or, la question de l'attribution de la quatrième licence 3G demeure en suspens depuis de nombreux mois et est révélatrice d'une certaine vision politique du gouvernement. On peut comprendre que l'oligopole de la téléphonie mobile ne voit pas d'un bon oeil l'émergence d'un trublion bien décidé à appliquer son business model* à leur domaine d'activités, jusqu'à présent chasse gardée.

Xavier Niel l'a d'ailleurs affirmé sans ambages:
" Honnêtement, on pourrait diviser par dix le prix du mobile et être encore deux fois plus cher que sur le fixe actuellement. Vous voyez l'espace économique que cela nous laisse...".

Il note en effet que "la création d'un réseau mobile coûte beaucoup moins cher que celle d'un réseau fixe mais que pourtant le coût de la minute de communication mobile facturé par les opérateurs est significativement plus élevé que la minute de communication fixe."

Aussi, pour repousser cette arrivée, le trio Orange-SFR-Bouygues ne recule devant aucune méthode. Affirmations mensongères, manoeuvres dilatoires, etc...

Problème: Martin Bouygues est un proche du Président de la République dont on connaît déjà la capacité à privilégier les puissants amis. Dès lors, le gouvernement est bien décidé sinon à entraver du moins à ne pas faciliter les choses pour Free, quand bien même sa candidature serait à la fois crédible et salutaire pour le consommateur.

Les puissants, toujours les puissants...le bon peuple pendant ce temps-là?
Et bien il n'a qu'à continuer à payer entre 10 à 20 euros par mois de plus que ses voisins européens. Après tout, ce n'est pas comme si c'était la première fois que le gouvernement voulait favoriser les rentes de situation dût-il sacrifier quelques libertés fondamentales au passage...

*Que l'on peut résumer par: un forfait/des prix bas/consommation illimitée/une technologie à la pointe.


PS: Merci d'éviter les commentaires du type "oui mais ça ne marche jamais" ou "le SAV est nul". Le billet n'est pas une ode à Free.

jeudi 24 septembre 2009

L'ère de l'Emotion, la fin de la Raison?

La page des Lumières est définitivement tournée. La France n'est plus ce grand pays de penseurs qui a su faire naître les plus grandes idéologies telles que celles qui ont inspiré les mouvements révolutionnaires par-delà nos contrées.

L'émotion s'accommode mal de la raison surtout lorsque la première tend à oblitérer la seconde.

Plusieurs éléments m'inquiètent quant à cette proportion croissante de Français qui ne sait guère plus que réagir au détriment d'une réflexion mesurée.

1. Il ne fait pas bon être banquier ou travailler dans un établissement financier de nos jours.
Dans un élan bien franchouillard aigri, pris dans la spirale de la catharsis, mal avisé serait celui qui révélerait son salaire, surtout si celui-ci a le malheur de dépasser 3000 EUR par mois ! Vous devrez nager à contre-courant d'un déversement collectif de bile. La rage de l'injustice biaise le jugement au point de se tromper de cible. Je devrais véritablement arrêter de lire les commentaires chez Rue89 dont je devrais savoir qu'ils ne sont généralement jalonnés que de clichés gauchistes que même certains sympathisants socialistes renieraient.
Les banques ne sont certes pas des parangons de vertu, mais de là à en faire les représentants sur Terre du Malin, c'est oublier leur rôle indispensable dans notre économie.

2. Notre Lider Maximo hypergesticulant n'est pas à la hauteur de sa charge. Je commentais récemment sur Facebook le statut d'un jeune Gaulliste du Renouveau, dont j'ai du mal à concevoir son ralliement assumé à la majorité en place sans renoncer ce qui fait justement l'essence même du gaullisme:
Et ça ne vous fait pas mal en tant que gaulliste d'être affilié à une majorité qui saccage l'héritage du Général? Positions atlantistes, recul d'indépendance du pouvoir judiciaire, judiciarisation de la vie politique, un Président qui range les ministres au rang de simple conseillers à l'américaine...c'est loin d'être gaulliste tout ça...
Et j'omets volontairement le côté bling-bling du Président qui est sans doute ce qu'il fait de plus antigaulliste. Le Général avait une autre idée de la fonction présidentielle.
Être Chef de l'Etat, c'est gouverner avec la raison. Ce n'est pas bondir sur chaque fait divers pour manipuler l'opinion publique. C'est savoir se mettre au-dessus des turpitudes quotidiennes politiciennes. Je crois que Georges Pompidou est l'auteur de cette fameuse phrase selon laquelle le Président doit s'occuper de l'image de la France et le Premier Ministre du quotidien des Français. C'est exactement de cela dont il s'agit.
Donner un cap, une grande direction, un projet, un espoir d'avenir. Cela se construit dans le temps de la réflexion. Force est de constater que nous avons à la tête de l'Etat un homme qui se laisse guider par ses émotions ou du moins qui en donne l'image.
L'effet en est désastreux. La colère ou la rage amènent Nicolas Sarkozy à se rabaisser, à participer même aux querelles politiciennes, amalgamant l'homme et la fonction.
Sauf que lorsqu'une partie civile peut se permettre de traiter un suspect de coupable, un Président viole les fondements mêmes de notre République.

Aparté: Au fait quelqu'un aurait-il des nouvelles de François Fillon? Je m'apprête à lancer une alerte pour personne disparue !

3. Le football, sorte de révélateur d'une société est à cette image. S'agissant d'un sport, il est donc nécessairement emprunt d'émotions. Mais sauf à en faire un dérivé d'Ultimate Fighting ou un digne représentant de la confrérie des bouchers-charcutiers, la raison doit aussi dicter le jeu. C'est ce que l'on appelle le Fair-Play: savoir faire fi de l'émotion pour rendre à ce fabuleux sport sa dimension fédératrice et ludique. La joie et la tristesse en communauté ne deviennent ainsi pas la moquerie et la colère. Mais là aussi, la France ne sait plus raisonner.

Comme dirait l'un des plus grands (non par la taille) penseurs de la fin du XXe siècle:

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance.
Si cela ne vous a toujours pas convaincu que Nicolas Sarkozy est l'incarnation française de l'Empereur Palpatine...

lundi 10 août 2009

Pourquoi on ne peut qu'être antisarkosiste

Le piège dans lequel l'UMP aimerait faire tomber l'opposition dont le MoDem et François Bayrou est celui de jouer à un jeu que l'on dénonce de toutes nos forces: la posture stérile.

François Bayrou en avait fait son thème de campagne: dépasser les clivages idéologiques stériles, appeler à un grand rassemblement des forces politiques afin de travailler de concert aux nécessaires réformes (Dieu, que ce terme est galvaudé!) pour la France.

Sentant l'opportunisme politique, Nicolas Sarkozy a repris et déformé cet argument à son avantage: au lieu de rassembler et de réfléchir ensemble, il s'agissait de débaucher et de soumettre à son autorité affirmée. Double effet "bistouille" (ce billet n'est pas sponsorisé), ça a la couleur de l'ouverture, ça en a même l'odeur mais ça n'en a pas la saveur. En outre, pagaille et désordre sont semés dans le camp d'en face...véritable coup de maître, n'est-il pas?

Ca fait déjà une bonne raison pour être antisarkosiste mais ce n'est pas ce qui m'a inscrit dans une opposition ferme et décidée à Nicolas Sarkozy.

J'ai même longuement hésité au second tour de la présidentielle de 2007 entre voter blanc et voter Nicolas Sarkozy. (Désolé pour les Ségolénistes qui me lisent!) Je ne peux qu'être on ne peut plus fier de mon choix mûrement réfléchi et de ne pas avoir donné mon suffrage au fossoyeur du modèle français.

Bref, j'étais donc plutôt ouvert à l'idée de voir le leader de l'UMP diriger la France pendant 5 ans et de juger les résultats. Quelques mois seulement de mandat m'auront suffi pour basculer d'un scepticisme ouvert au statut d'antisarkosiste primaire comme le dit si bien Rébus.

Entendons-nous bien, c'est effectivement les actes que je juge et non le personnage, bien que le bling-bling et l'irrespect dont il témoigne pour les institutions de la République m'insupportent.

Or, lorsque l'on est un républicain et un démocrate, - selon la définition française - on ne peut que s'opposer sans concession aucune à la politique engagée par la majorité en place depuis au moins 2007.

Au bilan de ces inacceptables réformes annoncées et/ou adoptées, on trouve notamment:
- Le glissement anticonstitutionnel d'un pouvoir exécutif bicéphal vers une organisation monocéphale dont le chef n'est pas responsable politiquement devant le Parlement
- L'asservissement du pouvoir judiciaire, les petits pois (magistrats du siège) d'un côté et les soldats (ministère public) sous les ordres indirects du Président de la République de l'autre.
- L'effacement total du Parlement sous l'effet de députés godillots qui suivent les ordres d'un chef d'Etat qui demeure chef de parti politique et ne gouverne que pour la majorité
- Les collusions évidentes entre le pouvoir et les grands médias
- Les collusions toujours entre le pouvoir et les grandes puissances industrielles et financières
- La concentration des pouvoirs qui en résulte (Montesquieu s'en retourne dans sa tombe...) et nous inscrit dans une monarchie élective
- Les plus riches toujours moins sollicités par ces mêmes efforts contributifs sous l'effet du bouclier fiscal
- De lourdes atteintes aux principes fondamentaux de notre République pour satisfaire l'appétit vorace de rentiers de situation ou simplement pour servir l'intérêt des grands groupes

Liberté, Egalité, Fraternité. Telle est notre devise nationale.

Chacune de ces mesures est une gifle infligée à l'un de ces trois piliers.

Comment ne pas être antisarkosiste ?

lundi 27 juillet 2009

Qui lira les selles de Sarkozy?

L'information n'a pas manqué de faire le tour de la blogosphère.

Les rédactions de nos quotidiens nationaux étant substantiellement vidées pour cause de vacances, la nouvelle passe en boucle ça et , et c'est à une incroyable monopolisation du traitement journalistique que nous avons droit.

Personnellement, je trouvais que l'information "Le Président de la République a eu un malaise durant un exercice physique mais va bien" suffisante.

Comment diantre peut-on débattre et digresser autour d'une si courte et anecdotique nouvelle?
Il a eu un malaise, il va mieux. Point. Passons à autre chose, que diable !

J'avoue presque m'ébahir d'un tel accomplissement tellement l'exercice m'apparaît ardu.

Je lance un défi aux journalistes:

Occupez l'espace médiatique avec la nouvelle suivante:
Ce matin, le Président de la République a mangé une pomme mais n'a pas avalé de pépin.
Michel Rocard, au micro de RMC ce matin, justifiait qu'une telle nouvelle avait son importance car elle pouvait avoir un impact sur la stabilité de nos institutions.
Diantre, l'arsenal juridique consistant à suppléer l'empêchement de la Présidence (art.7 de la Constitution) est donc renvoyée au placard !

Dès qu'un pépin physique affecte notre Président, il conviendrait donc nécessairement de faire écho à la nouvelle sous le prétexte fallacieux du rôle du chef de l'Etat, même si sa santé n'est pas en péril?

Vous me direz qu'en monarchie, fût-elle élective, il n'est pas anormal d'affecter du personnel à l'analyse des selles du monarque, perpétuant ainsi une tradition séculaire.
Les journalistes devraient par ailleurs s'en enquérir eux-mêmes !

Je n'aimerais pas être à la place du directeur de la rédaction du Figaro.

mercredi 1 juillet 2009

Nicolas Sarkozy fait pénitence

Il est fort en communication ce Sarkozy...

Nicolas Sarkozy: "j'ai commis des erreurs"

Sans blague?

lundi 29 juin 2009

Laporte, Boutin, Jégo: les courtisans du roi désavoués

Oyez, oyez, braves gens !

Les courtisans de notre bon Roi Sarkozy Ier n'ayant plus les faveurs du monarque, ont été bannis de la cour non sans amertume:
Bernard Laporte: "le favori du roi ne m'adressait même pas la parole !"

Christine Boutin: "le Grand Chambellan ne m'a même pas appelée !"

Yves Jégo: "Je regrette cet ostracisme lapidaire !"
Après ça, ne me dites pas que nous ne sommes pas dans une monarchie élective !

mercredi 24 juin 2009

UMP et Europe-Ecologie: il y a de quoi être vert !

Fallait-il ou ne fallait-il pas autoriser la diffusion du film Home à seulement quelques jours du scrutin européen?

Au Royaume-Uni, la réponse a été simple: interdiction de diffusion.
L'Etat français l'UMP, semble lui, n'avoir été pas tout à fait neutre dans cette affaire, incitant les préfectures à faire la promotion de l'oeuvre de Yann-Arthus Bertrand.

Ajoutons à cela les très étonnantes déclarations de l'UMP, notamment de Michel Barnier, faisant de Daniel-Cohn Bendit, le seul véritable européen à gauche (pourtant on devrait savoir qu'avec l'UMP il faut se méfier des compliments).

Saupoudrons le tout d'une incapacité affligeante des partis d'opposition (MoDem y compris) à développer une communication efficace et vendeuse sur leur programme européen, face à la machine bien huilée de la majorité.

Etonnons-nous après cela que la liste Europe-Ecologie ait remporté un tel succès en France alors que la plupart des électeurs était incapable de ne mentionner qu'une seule ligne de leur programme au sortir du vote, encore moins les hésitants de la dernière heure.

Pour ceux qui se réjouiraient d'une prise de conscience environnementale européenne, calmons immédiatement leurs ardeurs, il n'y a qu'en France que les listes écologistes ont remporté un tel succès. (53 eurodéputés pour le groupe Greens/EFA cette année contre 42 précédemment...pour 8 sièges supplémentaires apportés par la France...)

A qui profite réellement l'essor d'Europe-Ecologie en France? A l'écologie (si seulement...) ou à une majorité trop contente de diviser l'opposition, seule garantie pour elle de remporter aisément les prochaines échéances électorales?

mardi 23 juin 2009

La France: l'histoire d'une monarchie qui s'ignore

Fanfare et paillettes, le Président de la République française vient d'achever en grandes pompes son triomphe romain, comme le souligne Libération.fr.

L'analogie me semble loin d'être impertinente. Incomplète toutefois.

Nicolas Sarkozy s'exprimant devant le Congrès à Versailles: difficile de ne pas y voir des allures de Jules César souhaitant s'imposer face au Sénat au retour de la campagne des Gaules. Notez un instant l'imprécision de la page Wikipédia qui parle de "Conquête des Gaules" lorsque c'est précisément ce point qui a nourri de fortes tensions en 51 av.JC . Conquête ou campagne? L'ager romanus, le territoire de la République s'est-il étendu à l'occasion des batailles livrées?
D'aucuns considéraient alors la Gaule comme territoire romain lorsque d'autres soulignaient au contraire que la guerre remportée par le Proconsul Jules César était l'événement, le fait générateur comme les juristes disent, qui assit définitivement la domination romaine sur les gaulois.

Ces fortes tensions étaient loin d'être des discussions de forme, chacun connaissant l'enjeu du triomphe romain. Le Sénat voyait en ce Jules César, auréolé de ses victoires récentes, une grande menace pour la République dont les institutions déjà usées par le temps résisteraient difficilement à une figure aussi populaire, à la fois héros du peuple et icône de l'armée. Or, Jules César cachait peu son ambition de prendre le pouvoir aux élites corrompues de Rome afin de le restaurer en faveur du peuple. Un Robin des Bois avant l'heure en somme.

Ainsi, le triomphe romain était le symbole donné au peuple d'une légitimité consacrée et incontestée d'un meneur, d'un Sénat soumis devant la toute-puissance d'un héros du peuple.

C'est ici que l'analogie prend tout son sens.

Si Nicolas Sarkozy ne jouit pas d'une légitimité historique, comme le Général de Gaulle au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, celui-ci se fonde sur la légitimité populaire qu'apporte le suffrage universel direct. Dès lors, l'image donnée urbi et orbi, n'est pas celui du chef de l'exécutif s'exprimant devant les représentants du pouvoir législatif, mais celui d'un leader qui veut faire prévaloir sa légitimité sur toute forme de contre-pouvoir.

Cette manoeuvre est loin d'être anodine et bien qu'elle nous ait été vendue par certains comme l'évolution naturelle d'un régime présidentialiste, il n'en est rien.

L'héritage des philosophes des Lumières, inspirateurs de la Révolution Française, fondateurs de l'ère moderne institutionnel, reposait notamment sur une théorie si chère à Locke et Montesquieu: la séparation des pouvoirs. Quel que soit le régime adopté à travers le monde, ce principe fondamental a été brandi afin de protéger nos sociétés des dérives totalitaires et monarchiques: éviter les collusions, les connivences ainsi que la concentration des pouvoirs qui désservent nécessairement l'intérêt général.

Certaines nations, comme la France ont transposé ces principes de manière relativement peu franche. D'autres comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, ont eux, farouchement et scrupuleusement implémenté ces garde-fous.

C'est ainsi que plus de 250 ans d'évolution, confortés par plus de 2000 ans d'Histoire, nous ont appris que le chef de l'exécutif devait rester responsable devant le Parlement. Les fondateurs de la Ve République avaient composé avec cet impératif en instituant un pouvoir exécutif bicéphal, le chef du gouvernement, responsable devant les représentants du peuple, et le chef de l'Etat, dont seule la responsabilité pénale pour haute trahison peut-être engagée. Nulle motion de censure, nul impeachment, nulle atteinte politique ne sauraient être mis en jeu. Ce pourquoi les Présidents successifs depuis 1958 ont toujours respecté avec plus ou moins d'ardeur cet héritage républicain.

Le passage au quinquennat conjugué au changement du calendrier électoral, la disparition des périodes de cohabitation, la possibilité pour le Président de s'exprimer devant le Parlement sans qu'aucune réponse ne puisse lui être apportée, sont autant d'éléments qui ont provoqué le glissement d'un régime sui generis, que d'aucuns qualifient de présidentialiste, vers un régime présidentiel mais privé des gardes-fous démocratiques.

Ainsi, un régime présidentiel où le chef de l'Etat n'est responsable ni politiquement, ni pénalement n'est plus un régime démocratique. Ajoutons à cela la concentration des pouvoirs constitutionnels (législatif, exécutif et judiciaire) ainsi que les autres formes de pouvoir (financier et médiatique) aux mains d'un réseau incarné par le Président de la République, le régime devient de fait une monarchie élective. N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, une monarchie n'est pas nécessairement héréditaire.

Dès lors, lorsque le Président de la République bafoue une tradition inscrite dans le marbre depuis 1875, année où la monarchie a définitivement disparu des institutions françaises, celui-ci inflige bien un dangereux camouflet aux principes essentiels de la démocratie républicaine.

Oui, je crois bien qu'il s'agit ici de singer Jules César imposant son triomphe romain. Lorsque l'on sait que Jules César a été le dernier Consul de Rome avant qu'Octave, son héritier désigné, ne devienne Auguste, 1er Empereur romain, achevant définitivement la République moribonde, il y a de quoi nourrir de grandes craintes que l'histoire ne se répéte, fût-ce de manière plus sournoise.

Il est ainsi absolument risible d'assister aux manoeuvres de la Présidence destinées à leurrer le peuple quant à la survivance d'un Etat démocratique, d'un gouvernement responsable devant le Parlement. C'est dans ce cadre que s'inscrit le prochain remaniement ministériel: de la prestidigitation détournant l'attention du chaland sur le truc qui permet de faire le tour.

En attendant, il s'agit bien d'une monarchie élective.

lundi 27 avril 2009

Utopia : déméler les bonnes idées des fausses

Lors d'un échange anodin avec Madame, dans un endroit qui ne s'y prétait guère, me voici en train de digresser insatiablement sur un thème propre aux effusions prolixes: "Et si..."

Je ne doute pas un instant que la variante suivante rencontre un succès sans pareil au bar-PMU "Chez Dédé" ou près de la machine à café avec votre collègue Jean-Guy* : "Et si tu gagnais à l'Euromillions?"

Non, chers lecteurs, je ne vous propose pas d'étendre ici cette discussion de comptoirs mais d'en élaborer une autre pour laquelle Internet devrait être définitivement un média d'intérêt.

"Et si vous étiez Président de la République? Et si vous étiez Président d'une Europe fédérale unie? Et si vous aviez le pouvoir de faire adopter les lois de votre choix par la France ou l'Europe?"

L'intérêt de l'exercice sera de régulièrement analyser et soumettre à la critique les vraies et les fausses bonnes idées. Un exercice que je ne manquerai pas de tenter moi-même dans un premier temps.

Je me lance d'ores et déjà sur une première idée:

Et si j'étais Président d'une Europe fédérale?
Je ferais voter une loi sur les droits de douanes, soumettant toute importation à destination de l'Union Européenne à une taxe dont le taux serait fixée chaque année par une commission d'experts indexé sur la situation économique et sociale du pays de production et ce, par secteur d'activités.

Par exemple, l'importation de vêtements de prêt-à-porter produits aux Etats-Unis serait soumis à une taxe que la commission aurait établi à 15% (chiffre fictif) en raison de charges sociales plus faibles et d'un salaire moyen inférieur. L'importation des mêmes produits en provenance du Viêt-Nam serait soumis à une taxe établie à 150%.

Avantages: réduction du dumping social, incitation au développement économique intra-Européen, concurrence équilibrée et humaine entre économies des pays occidentaux et pays moins développés

Inconvénients: travail collossal, mise en application difficile, impact immédiat sur les économies moins développées hors Europe, entreprises européennes moins concurrentielles à court terme, effet dissuasif pour les capitaux et investissement à court terme

*Nulle envie de plagier la série à succès de la petite chaîne qui monte. Pour l'anecdote, un de mes collègues en France s'appelle Jean-Guy et disons qu'il a acquis une certaine notoriété au sein de l'entreprise qui n'est pas due à ses qualités professionnelles...

mardi 3 février 2009

Sarkozy et la relation au pouvoir

Bruno Masure, dans un entretien livré aux riverains de Rue89.com, évoque le comportement du Président de la République, souligné par le livre de Philippe Ridet, journaliste au Monde chargé de suivre Nicolas Sarkozy jusque récemment.

" Il est capable, dans la même phrase, d'engueuler un journaliste, voire de l'insulter comme c'est déjà arrivé, puis de le cajoler. "

Cette phrase m'a amené à la réflexion suivante (que vous retrouverez en commentaire sur Rue89).

La pratique du chaud et du froid chère à Sarkozy est bien connue des psychologues: user du bâton et de la carotte à leurs extrêmes, une forte proximité apparente et un avilissement le plus total sont des procédés visant à asseoir une domination sur son interlocuteur.

Ce mélange des genres vise à non pas imposer mais modeler la volonté même de l’autre, en mettant en avant l’image du pouvoir.

C’est un peu le fonctionnement qui amène au Syndrôme de Stockholm : la victime se prend d’empathie pour son preneur d’otage, roi absolu qui détient le pouvoir de vie et de mort.L’inconscient cherche à obtenir les faveurs de ce maître d’apparence.

C’est un élément de plus qui démontre que Nicolas Sarkozy n’est pas un républicain ni même un démocrate mais un amoureux du pouvoir ego-centré, fût-ce au mépris des autres qu’ils aient la forme d’une institution (parlement, média, peuple) ou d’un individu (journaliste, ministre,…)
Le peuple s’aura-t-il s’émanciper de cette emprise?
Espérons-le

mardi 2 décembre 2008

La Sarkobama Team...

Le site Communication-Politique.info se fait le relais du buzz organisé autour du blog de la "Sarkobama Team":
Ceux qui se présentent comme "la Sarkobama Team" viennent de mettre en ligne un blog [http://sarkobama.blogspot.com/]. Dans un premier post les auteurs de la campagne d'affichage se déclare "supris du buzz créé malgré eux " (mon oeil ?) et précise l'objet de leur démarche : "Le but initial de nos affichages était de montrer aux parisiens les similitudes frappantes quil existe entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy".
D'emblée, on pourra arguer que Barack Obama est apparemment devenu une icône marketing avant l'heure, ce qui risque de faire des déçus lorsqu'il prendra les renes du pouvoir en mains.

Ce qui m'amuse non sans une pointe d'agacement, c'est cette attitude grossière, symbole d'une appétance pour l'image plus que pour l'idéologie, faisant d'un événement quel qu'il fût, un motif bon pour se vendre. Se vendre conformément à ses idées, c'est bien. Vendre ses idées, c'est moins bien.

Le blog a donc pour objet premier de pointer les "similitudes frappantes" qui existe entre les deux personnages que sont le futur président américain et notre actuel président de la République.
Je vous avoue que je m'étonnais singulièrement que l'on puisse rapprocher ces deux-là dans la mesure où si j'y vois quelque élément de ressemblance, je vois en revanche une grande liste de dissemblances.

Je n'ose croire que l'on cherche à les comparer que sur un seul terrain donc analysons l'ensemble.
Bon, l'un est grand et métis, l'autre ne brille pas par sa taille, ni par la singularité de sa couleur de peau. (On n'avait dit pas le physique Nemo! Aïe !).

Evacuons ces bassesses auxquelles je n'ai pu resistées par amour de l'humour facile.

On peut d'ores et déjà tous s'accorder sur le fait que l'élection de Barack Obama doit beaucoup à la volonté américaine (qui s'est fait l'écho d'un consensus international) de couper définitivement les liens avec 8 ans d'une administration qualifiée de Bushiste pour la pérennité au grand damne de Bush Senior.
Le Bushisme a consisté en 8 années de galvanisation des peurs de l'étranger, du terroriste, de glorification de la guerre, d'unilatéralisme et de népotisme. 8 années durant lesquelles les libertés fondamentales américaines ont été réduites (ex: Patriot Act), où les droits de la défense ont été considérablement amoindris, où les procédures les plus illégales les unes que les autres ont été acceptées sur l'autel de la peur (ex: Guantanamo, Abu Grahib,...)

J'ai du mal à voir les différences avec Nicolas Sarkozy, largement élu sur le thème de la répression, leitmotiv qui trouve aujourd'hui encore écho dans les actions du gouvernement.
Instauration des peines planchers, renforcement des directives à l'égard du Ministère Public, augmentation des incarcérations et détentions (la récente affaire de Filippis démontre un peu plus les dérives ultrarépressives du gouvernement actuel).

Lorsque Nicolas Sarkozy parle de gouvernement d'ouverture, faute de concertation, il s'agira en fait de débauche pour mieux abattre ses ennemis, la pluralité et le choix politique ne faisant pas partie des convictions de celui-ci qui n'est donc pas mauvais non plus en matière d'unilatéralsime.

Quant au népotisme, la connivence entre les grands patrons et le Président de la République permet de remplir largement la condition. (Grands patrons de presse, amis de Nicolas Sarkozy, ou même grands industriels tels que Bouygues). Si ces amitiés n'avaient pas d'effet sur les décisions prises par le gouvernement, il serait inutile de crier haro.
Mais pour le moment, les réformes visant à éviter ces situations de conflits d'intérêts en interdisant aux fournisseurs de l'Etat d'investir dans les médias sont clairement rejetées par Nicolas Sarkozy. Lorsqu'une quatrième licence d'opérateur mobile est à l'ordre du jour et qu'une société comme Iliad (propriétaire de Free) rassemble les critères principaux pour y postuler, le gouvernement finit par se rétracter et favoriser le jeu de l'oligopole actuel comptant SFR, détenu par Bouygues.
Enfin, nous n'allons pas rappeler les innombrables attaques du gouvernement à l'égard de la Justice, au mépris du rôle constitutionnel du Chef de l'Etat, garant de son indépendance.

Plus de sécuritarisme, plus de répression, moins de libertés publiques, plus de copinages, moins de démocratie...
Non, franchement, comparer Nicolas Sarkozy, héritier illustre du Bushisme à la française, à Barack Obama, symbole d'un espoir d'un retour vers plus de justice sociale, plus de respect de la démocratie et des libertés publiques, comment ne pas créer le buzz?
Et puis comparer un homme du centre avec un homme de droite "décomplexée", quelle escroquerie !

Mise à jour du 3/12 : Greenpeace à l'origine des affiches "Yes, we can" de Sarkozy

vendredi 24 octobre 2008

Supprimera-t-on les départements?

La Commission pour la libération de la croissance française présidé par Jacques Attali avait provoqué un tollé lors de la rémise de son rapport notamment eu égard à la décision suivante:
DÉCISION 251
Les transferts de compétences de l’État vers les collectivités
territoriales doivent être accompagnés d’un abandon effectif de
la mission correspondante par les services de l’État, et du redéploiement
de l’intégralité des agents de l’État concernés, pour
éviter les doublons entre les actions de l’État et des collectivités
territoriales.
L’État devra ainsi concentrer au niveau régional l’essentiel de ses
cadres décentralisés et supprimer autant que possible les services
en département. Les audits conduits dans le cadre de la Révision
Générale des Politiques Publiques permettront de déterminer de
façon précise les services de l’État redondants avec les services
des collectivités territoriales, qu’il conviendra de supprimer.
L'idée était clairement affirmée d'une suppression à terme d'un niveau de collectivité locale, le département, faisant écho aux différentes organisations des pays européens.

La France réputée à juste titre pour son hyper-bureaucratie, compte d'innombrables niveaux de décisions et de compétences s'enchevêtrant les uns les autres.
Dressons-en une liste non exhaustive : la commune, la communauté de communes, le synidcat intercommunal, la communauté d'agglomération, le canton, le conseil général et le conseil régional. Ajoutez-y les subdivisions en commissions, services, (transport, emploi, développement du territoire...) et vous aurez un bref aperçu des différentes strates de collectivités "locales".
A ceci viennent s'aditionner les compétences nationales revenant aux services de l'Etat qu'ils soient ou non déconcentrés : les plus connus sont la préfecture de région, la sous-préfecture, la préfecture, mais sont aussi visés les services tels que la DDTEFP (vulgairement identifiée comme l'Inspection du Travail), la DDE (en charge de l'équipement, soit notamment la voirie)...
Une liste des services déconcentrés est disponible sur Wikipédia. Vous pourrez déjà vous rendre compte la multiplication absconse des services aux compétences similaires.
Par exemple, la Direction Régionale de l'Equipement et la Direction Départementale de l'Equipement.

Le département crée par décret du 22 décembre 1789 avait à l'origine pour but de rapprocher les services adminsitratifs de l'Etat à moins d'une journée de cheval de la population locale.
En contrepartie, les régions dont la cohérence et la légitimité sont historiques avaient disparu, la crainte insurrectionnelle étant la plus forte.
Au fur et à mesure, elles furent peu ou prou réinstaurées venant ajouter un nouveau degré administratif.

Rappelons qu'au 31 décembre 2005, la France comptait 5,144 millions d'agents de la fonction publique, fonctionnaires inclus, soit 22 % des emplois en France: la Fonction Publique d'Etat constituant environ 50% des effectifs et la Fonction Publique Territoriale en occupant à peu près 30%.

Mercredi 22 octobre 2008, le Président Sarkozy a officiellement lancé la Commission en charge de la réflexion sur la réforme des collectivités locales, présidé par Edouard Balladur. On pourra s'étonner de la composition de la commission dans la mesure où son président n'est pas réellement réputé pour sa témérité (c'est le moins que l'on puisse dire) ou bien parce que des acteurs essentiels (notamment les maires) ne sont pas associés à cette réflexion.

A peine le rapport Attali remis que le Président de la République avait déjà tenu a tempérer les propos tenus quant à la suppression du département et à reporter la réflexion sine die.
Aujourd'hui, tout porte à croire étant données les propositions timorées formulées ça et là, que le département ne sera pas supprimé, si ce n'est renommé et soumis à la hiérarchie du Conseil Régional. On pourra vraisemblablement y gagner en travail d'équipe mais certainement pas en simplicité.

Le département, héritage d'un fonctionnement archaïque, n'a plus sa place dans l'organisation de l'Etat. La Région peut être à lui seul le moteur du dynamisme local.

Je me permets un court aparté sur une hypocrisie latente quant à la fiscalité: effectivement, si Bercy semble "stabiliser" voire réduire certains prélèvements obligatoires, la pression fiscale reste croissante pour la plus grande part de la population dans la mesure où les collectivités territoriales doivent désormais financer des budgets pour lesquels l'Etat ne les aide guère.
C'est grosso modo, "prenez la responsabilité de tel service, mais nous on garde l'argent du budget correspondant".

Peut-on rêver qu'un jour, les compétences ne soient plus partagées mais bel et bien exclusives?
Supprimons le département, analysons objectivement les besoins en terme de service à la population et attribuons en conséquence les compétences à la Région ou à l'Etat.
Si la Commune par sa proximité et ses caractéristiques est nécessaire et pertinente, les degrés intermédiaires entre celle-ci et le Conseil Régional sont pour la plupart superflus.

Il est certain que cela pose la question de la réaffectation des ressources humaines, voire leur suppression, ce pourquoi il faudra nécessairement accompagner ces fonctionnaires dans leur nouvelle carrière.

Allez, j'ose un rêve: et si un jour ces fonctionnaires en doublon pouvaient être accompagnés, formés et réaffectés aux services de l'Education Nationale, ne serait-ce pas merveilleux?

Non, non, s'il vous plaît, ne me taxez pas de naïveté.
il est permis de rêver et dans un rêve, tout est permis.

lundi 20 octobre 2008

Des magistrats en grève?

"Les magistrats appellent à une journée d'action le 23 octobre prochain pour exprimer leur ras-le-bol de la situation actuelle de la justice."

Chers lecteurs, je ne peux que vous inviter à soutenir cette action, fût-elle discrète, restrictions sur le droit de grève obligent, et ce, dès que l'occasion se présente en expliquant votre indignation et ainsi faire montre de pédagogie face au prêt-à-penser.

Les politiciens en mal d'image ont crû bon faire de la justice française leur bouc-émissaire principal et le présumé coupable de tous les maux et en particulier de l'insécurité. L'affaire d'Outreau a été une aubaine pour ceux-là.

Rappelons à ceux qui ne le sauraient point que depuis Montesquieu et Locke, le principe de la séparation des pouvoirs a été consacré et surtout, repris par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, en son article 16. (Voir l'image ci-contre)

Ces pouvoirs désignent le Judiciaire, l'Exécutif et le Législatif.
La France applique déjà une conception souple de ce principe, les prérogatives du gouvernement et du Parlement s'enchevêtrant en faveur du premier.

En effet, pour rappel, le gouvernement dispose d'une armada impressionnante d'outils constitutionnels lui permettant de forcer voire de passer outre le législatif dans ce qui relève pourtant de la compétence du Parlement.
Le résultat étant que près de 90% des lois adoptées par le Parlement et promulguées par le Président de la République sont des projets de loi*, l'Assemblée Nationale tout comme le Sénat devenus de simples chambres d'enregistrement des volontés gouvernementales, ce qui a par ailleurs motivé la toute récente réforme - pourtant incomplète - de nos institutions visant à rééquilibrer la balance.

Aujourd'hui, il est encore moins acceptable que le troisième pouvoir tombe sous la coupe de l'Exécutif. La réforme de la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature désormais composé de magistrats seulement pour moitié politise la nomination des nouveaux membres du corps judiciaire. D'aucuns diront que l'effet "vase clos" avait déjà politisé la sélection et la formation des magistrats, j'y répondrai que ce n'est pas en sautant à pieds joints dans la mare que l'on évite d'être mouillé.

Notre Garde des Sceaux croît bon s'affranchir de toutes ces règles, cédant au populisme ça et là, pointant du doigt une institution qu'elle est censée défendre. Dès le premier fait divers venu, surfant sur l'émotion suscitée, elle n'hésite pas à contribuer voire à initier la mécanique de culpabilisation de la magistrature.

Après avoir affirmé haut et fort qu'elle estime être le "chef des Procureurs", elle convoque ces derniers pour répondre de la prétendue inapplication des peines planchers, mesure phare du gouvernement Sarkozy**, telle une directrice d'école prête à user du double-décimètres sur les doigts en signe de répression.
Dernier événement en date : le suicide d'un adolescent dans sa cellule.
Hors de toute procédure judiciaire, au mépris du respect de quelques règles fondamentales comme le respect du contradictoire, des droits de la défense, le Procureur en charge du dossier du défunt adolescent a été sommé d'interrompre ses congés pour se présenter séance tenante à une convocation tardive (jusqu'à une heure du matin) visant à faire la lumière sur cette affaire.

Je ne reviendrai pas sur les excellents billets du blog de Maître Eolas qui explique la bêtise d'une telle action. Je me permettrai de m'interroger - "de qui se moque-t-on?" - lorsque d'un côté, le gouvernement n'a de cesse de conspuer la magistrature pour leur prétendu laxisme et de l'autre, au premier événement malheureux de jeter l'opprobre lorsque nos chers juges appliquent la loi en privant un adolescent de sa liberté.

Tout est bon et pretexte pour faire tomber le pouvoir judiciaire définitivement dans le giron du pouvoir politique. Conjuguer cela à la personnalisation du pouvoir entre les mains du Président de la République, vous obtenez un chef de l'Etat à la tête des trois ordres et mettez au placard les principes fondamentaux de 1789.

Les Etats-Unis n'ont même pas osé aller aussi loin dans le présidentialisme, leur Constitution étant bien trop précieuse à leurs yeux.
La France, dont on est fier qu'elle fût le pays des Droits de l'Homme, quant à elle, ressemble tristement de plus en plus à une république bananière.

Arrêtons l'hemorragie et soutenez publiquement le corps judiciaire !
Allez même plus loin, demandez qu'il devienne définitivement indépendant.

* Les projets de loi sont des textes de loi déposés à l'initiative du gouvernement par opposition aux propositions de loi.
** Le choix de l'appellation du gouverment par le Président de la République et non le Premier Ministre est délibéré.

jeudi 16 octobre 2008

C'est la crise ! Vite augmentons les salaires...

..des collaborateurs de l'Elysée !

Lorsque l'on entend à tout va, que la crise financière nous plonge déjà dans des abîmes de dette publique dans la mesure où il nous faut couvrir les pertes des établissements financiers, que la croissance et le pouvoir d'achat risquent d'être en berne pour un moment, que le chômage va augmenter en conséquence, que les entreprises vont se serrer la ceinture, notre gouvernement décide d'augmenter le traitement des collaborateurs de l'Elysée de 50% en deux ans.

Cela se passe de commentaires.

mercredi 16 juillet 2008

Faites-moi part de vos idées, je transmettrai...


Dans un entretien accordé au Monde.fr, le Président de la République défend son projet de réforme des institutions, soulignant son souhait profond d'accorder plus d'espace, plus de pouvoirs à "l'opposition".

Dans le flot de mesures en stock, il serait envisagé de garantir et contrôler un temps de parole dans l'audiovisuel au profit de cette "opposition".
Oui, vous avez bien lu "audiovisuel" et non parlementaire.

Vous noterez que le discours de Nicolas Sarkozy se teint de l'habituelle bienveillance, histoire de mieux faire glisser le mélange des genres.

Aussi, sur le fond, une question demeure-t-elle:

Qu'est-ce que "l'opposition"?

Pourquoi diable répondre à une question qui n'a pas été posée ?
Après tout, la presse traditionnelle se complait depuis quelques temps dans la manichéisme !
A tel point, que dans l'inconscient collectif, chacun sait qu'il est fait référence implicite au Parti Socialiste.

C'est ce que j'appelle du prêt-à-penser. Ce postulat n'est que trop rarement remis en question par les journalistes.

Il n'y a là rien de bien scandaleux, me direz-vous, c'est la seule véritable force politique nationale alternative, si l'on en croit leur nombre de députés élus.

Vigilance ! vous rétorquerais-je. L'opposition parlementaire n'est pas l'opposition "idéologique".

Réfléchissons à la définition de ce terme et aux conséquences liées à son institutionnalisation, voulez-vous?

Selon la croyance populaire, l'opposition désignerait le second parti politique du pays par le nombre de représentants à l'Assemblée Nationale.

Aussi, rapportée à l'espace médiatique, cette définition apporte-t-elle plusieurs commentaires:
1. Quid de la visibilité des partis représentés localement (conseils généraux, régionaux, collectivités locales, communes...) ?
2. Quid de la quasi impossibilité pour des partis émergents d'être visible médiatiquement en pareil cas?

Le mélange des genres n'a pas très bonne saveur.
Au Parlement, la légitimité de ceux qui ont droit à la parole s'acquièrent par le vote.
Dans le PAF, cette légitimité s'obtient par la potentielle représentativité - ce qui par ailleurs a donné lieu à la pratique surabondante des sondages.

Or, n'est-il pas légitime de craindre que de consacrer institutionnellement nos deux monolithes politiques comme "majorité" et "opposition" par-delà le cadre parlementaire enfermerait notre République dans un fonctionnement en vase clos, donnant lieu à une surmédiatisation de leurs déclarations et pendant, à une sous-médiatisation d'autres mouvements.

En conséquence, le PS et l'UMP finiraient par contrôler l'offre idéologique*, puisque devenus les prismes de l'expression de toutes nouvelles idées. Ainsi, pouvons-nous craindre un tel glissement dans la mesure où :

1. Depuis 50 ans, la classe politique française n'a pas brillé par sa discipline, sa rigueur intellectuelle et son envie de se renouveler.
Lorsqu'une idée ou un personnage échoue, les voilà resservis 5 ans plus tard affectés de deux ou trois modifications cosmétiques destinées à donner l'apparence du neuf.

2. Quel espace pour les mouvements institutionnellement considérés comme "minoritaires" bien que légitimes (forte représentation locale, important nombre de militants et d'adhérents,...) étouffés par cette surmédiatisation?

3. En période électorale, le jeu démocratique n'en sera-t-il pas faussé?

Est-ce là l'idée de la démocratie? Voulons-nous réellement d'une France bipartiste à l'instar du modèle outre-atlantique?

D'aucuns pourraient voir en cette manœuvre la tentative dissimulée de mettre aux oubliettes la promesse d'injecter une dose de proportionnelle aux différentes élections, seule garante d'une offre politique véritablement représentative et démocratique.

Que voulez-vous, la classe politique est taxée de copinage de toutes parts:
ENA, Inspection des Finances, cercles de pouvoir telle le Siècle..., autant de vecteurs favorisant la formation d'un aréopage des temps modernes.

Ces écoles du pouvoir permettaient jusqu'à présent d'uniformiser d'une certaine façon le personnel politique.

Et bien, vous serez fort aise d'apprécier la mainmise de ce personnel sur l'offre idéologique publique.

Internet sera-t-il le dernier rempart des nouvelles idées politiques?

Favoriser la démocratie, avez-vous dit?

*Partant de l'hypothèse qu'une offre idéologique n'existe que lorsqu'elle est captée par une audience
 
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