samedi 18 juillet 2009

En France, c'est la gauche qui définit la droite

Nicolas a répondu partiellement à la chaîne que j'ai lancée.

Après avoir lu le billet d'Olibé, je me rends compte que si finalement la notion de droite sur l'échiquier politique renvoit à plusieurs réalités, il n'en est pas réellement de même à gauche. Du moins en France.

Nicolas confirme la perception que j'ai, celle-là même qui discerne le schisme qui est en train de se créer au sein du PS et partant, de l'ensemble de la gauche.

Ce schisme que le nom même de Parti Socialiste attise en ce qu'il induit en erreur et fait peser un héritage idéologique lourd.

En effet, le socialisme hérité originairement de Marx s'était construit en opposition frontale à une forme de libéralisme économique, le capitalisme. Même si de Jaurès à Mitterrand, ce socialisme s'est fait moins abrupt, cet héritage est resté fortement ancré dans l'inconscient collectif.

La tendance bipartiste renforcée par la complicité des mégalithes PS et UMP a éclipsé l'émergence d'une véritable force social-démocrate qui a dû resté dans le giron de la gauche française sans prendre acte du divorce consommé depuis de nombreuses années entre socialistes et socio-démocrates. (II et IIIe internationale socialiste)

Il ne s'agit pas que d'un divorce de façade mais bel et bien d'un incompatibilité idéologique. Les uns rejettent en bloc l'idée du libéralisme ne concevant la politique qu'au travers de la lutte des classes (remise au goût du jour) lorsque les autres au nom du pragmatisme souhaitent composer avec elle et l'adoucir pour la conformer à l'idéal socialiste.

C'est certainement ce que la crise actuelle a réveillé: le schisme qui n'a jamais été totalement consommé. Le Parti de Gauche s'est crée en réaction à cette tendance socio-démocrate du PS, portée notamment par Ségolène Royale. Pour autant, ses défenseurs n'ont pas quitté le navire de la Rue de Solférino. Preuve en est s'il le faut de la récente prise de bec entre Martine Aubry et Manuel Valls.

Dès lors, il n'est pas étonnant que ceux qui s'affirment de la gauche française identifient tout ce qui se rapproche de près ou de loin à du libéralisme à la droite, bien que cette dernière est loin de n'être composée que de libéraux.

Détail amusant, le libéralisme est considéré comme étant plutôt à gauche aux Etats-Unis et au Royaume-Uni bien que chacun s'accordera à dire que les notions de gauche et droite y sont substantiellement différentes de que nous connaissons en France.

La droite française, loin d'être un ensemble idéologique cohérent est composée aussi bien de libéraux, de chantres de la dérégulation totale, de défenseurs du protectionnisme, d'ayatollahs de l'interventionnisme et d'amateurs de nationalisme aux couleurs du socialisme.

En effet, depuis le gaullisme jusqu'au libéralisme en passant par le poujadisme, la palette est très diverse et sans réelle cohérence apparente.

C'est donc bien l'unité d'une certaine gauche qui détermine ce qu'est la droite.
Les juristes diraient qu'il s'agit d'une définition négative, c'est à dire qu'elle est définie non pas par ce qu'elle est mais par ce qu'elle n'est pas: l'héritière du socialisme international et de ses déclinaisons.

vendredi 17 juillet 2009

C'est quoi être de droite ou de gauche? La chaîne

L'idée a plu à l'Hérétique et m'a donné envie de lancer une chaîne pour avoir les opinions de la blogosphère.


Le principe?

Un billet simple (pas nécessairement simpliste) sur ce que signifie pour vous être de droite ou de gauche aujourd'hui.
Pour que le débat soit constructif, essayez de ne pas vous montrer condescendant ni même arrogant à l'égard des opinions contraires.

Sondages: et si Bayrou avait eu raison?

Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Arrêt sur Images et Marianne2.fr.

Victimisation vous aviez dit?

Dis Maman, c'est quoi être de droite?

...ou de gauche?

C'est la réflexion qu'a suscité en moi ce billet du Faucon et qui m'amène à inventer ce dialogue imaginaire entre une maman comme il en existe tant et son jeune fils, confronté pour la première fois à la question de la politique et dont la soif de savoir est sans limite.
" Maman, maman ! A la télé, je n'arrête pas d'entendre des gens qui disent qu'ils sont "de gauche" ou "de droite", ça a un rapport avec la main avec laquelle on tient son stylo?

- Non, mon chéri. C'est une manière pour les gens de définir leur idéologie politique.

- C'est quoi une "idéologie politique"?

- La politique à l'origine, c'est l'art de diriger la Cité. Aujourd'hui, la Cité a disparu et est devenu l'Etat. Donc la politique, c'est l'art de conduire un Etat, comme la France par exemple.

- Mais ça veut dire quoi, une "idéologie"?

- Tout le monde n'est pas forcément d'accord sur la manière de conduire un Etat. Certains groupes de personnes partagent toutefois des idées proches et c'est ce qui a permis de déterminer deux grands camps. Historiquement, les représentants du peuple siégeaient au Parlement à côté de leurs copains aux idées proches, et c'est ainsi que sont nées les distinctions "à gauche" et "à droite" en fonction de l'endroit où ils siégeaient dans la salle.

- Ah, et si on est copain avec les deux?

- Heureusement, on a crée des salles en forme de demi-cercle que l'on appelle hemicycles. Ce n'est toutefois pas le cas partout comme en Angleterre, mon chéri, où la chambre des députés, la House of Commons, est clairement divisée en deux rangs...ce n'est pas sans poser problème à certains.

- Mais Maman, ça veut dire que ces deux camps sont toujours en désaccord sur tout?

- Disons que lorsqu'un des deux camps est majoritaire, l'autre camp qu'on appelle "opposition", a tendance à contredire tout ce que fait l'autre pour pouvoir à son tour devenir majoritaire. C'est un peu comme si à un match de foot, on autorisait une équipe à faire entrer des remplaçants sur le terrain sans faire sortir qui que ce soit. La victoire est donnée à ceux qui sont les plus nombreux. Et pour que l'arbitre (les électeurs) autorise à être plus nombreux, chaque camp crie sans cesse que le jeu de l'autre équipe est nul, qu'ils sont mauvais joueurs, etc...

- Mais on est obligé d'être copain avec un seul des deux camps?

- Non, mais c'est malheureusement la tendance en France où les deux grands partis refusent de travailler ensemble. Notre Président de la République fait même croire le contraire en faisant venir dans son gouvernement des gens du camp d'en face mais au lieu de les laisser diriger leur ministère selon les idées de leur camp, il les force à appliquer les idées de son camp à lui.

- Ces gens-là vont devoir s'asseoir de l'autre côté de la salle maintenant ?

- Hélas, non mon chéri. Pour cela, il faudrait que ses anciens copains décident de l'exclure et que ses nouveaux copains décident de l'accueillir. C'est peu probable.

- Alors, ça veut dire qu'il peut y avoir des gens "de gauche" qui travaillent comme des gens "de droite"?

- Oui.

- Comment on fait alors si jamais on m'a mis "à gauche" mais que parfois, je suis d'accord avec ceux qui sont "à droite"?

- Si tu veux rester avec tes copains "de gauche", il faudra faire ce que leur chef dit. Sinon, ils risquent de t'exclure de l'équipe.

- Qu'est-ce qui se passe si le chef est mis "à gauche" mais qu'il décide de faire la même chose que ceux "de droite"?

- Je crois bien qu'ils feront tout pour faire croire qu'ils sont pourtant bien à gauche.

- C'est donc le chef qui décide si on est à gauche ou à droite? On ne peut pas avoir des copains des deux côtés?

- J'en ai bien peur mon chéri. L'arbitre se mêle rarement de ces affaires-là. Mais sache que depuis de nombreuses années, il y a des petits groupes qui grandissent et qui essayent de changer cela. On les a mis au milieu de la salle, on les appelle parfois "centristes", parfois "démocrates". Ils sont comme toi, ils estiment qu'on peut avoir des copains "de gauche", comme "de droite", tout dépend du problème soulevé.

- Ca veut dire que tous ceux qui sont "à gauche" sont copains et tous ceux qui sont "à droite" aussi?

- Pas vraiment. C'était le cas il y a de nombreuses années, ce ne l'est plus véritablement aujourd'hui.

- Maman...j'ai rien compris. C'est quoi finalement être "à gauche" ou être "à droite"?

Elle embrasse affectueusement son fils sur le front.

- La prochaine fois, mon chéri. La prochaine fois.

jeudi 16 juillet 2009

Le Royaume-Uni, mieux réglementé que la France?

La Perfide Albion, ce pays où les ultra-libéraux se pavanent dans l'argent obtenu sur le dos des honnêtes travailleurs, où l'on paye beaucoup moins d'impôts qu'en France, où c'est le "chacun pour soi". Oui, ce même pays est en train de devancer la France en matière de réglementation...

Je vous ai traduit l'article du Guardian:
Des centaines d’ambitieux de La City pourraient être forcés de révéler leur salaire et leurs bonus selon les plans dévoilés par l’agence de conseil sous tutelle gouvernementale.

Quelques uns des salariés les mieux payés au sein des établissements bancaires, pour le moment à l’abri d’une telle intrusion, pourraient être exposés à la lumière afin que les actionnaires puissent juger s’ils sont trop payés ou si leur bonus encouragent des comportements à risque, selon le rapport.

L’examen réalisé par Sir David Walker met en avant que les politiques salariales de La City offraient des boni à court-termes sur des affaires qui créaient des risques sur le long-terme pour les banques.

Walker dit qu’il voulait que les règles s’appliquent à toutes les banques opérant à LA City, notamment les banques américaines les plus importantes.

Le rapport sera transmis au Ministre des Finances, Alistair Darling à un moment où de nombreuses banques ont commencé à mettre de côté des boni massifs pour leur personnel. Goldman Sachs a déjà publié des profits records pour la première moitié de l’année. JP Morgan, l’autre célèbre banque américaine à avoir largement échappé au pire de la crise financière, devrait publier elle-aussi des bénéfices records aujourd’hui.

Walker a dit que les noms des membres du personnel d’un grade inférieur aux administrateurs et qui gagnent des sommes importantes seront tenus secrets, mais le Comité de Rémunération aurait le pouvoir d’outrepasser le Conseil d’Administration s’il pense que les niveaux de salaire ou les politiques de primes favorisent des comportements à risque.

Il ajoute que le rôle des Directeurs non dirigeants pourrait être renforcé afin de combler les défaillances des banques qui ont eu lieu avant la crise financière. Un Comité des Risques au niveau du Conseil d’Administration aurait un droit de regard sur les politiques de la banque et évaluerait si celles-ci sont susceptibles d’ébranler sa force ou provoquer une deuxième crise.

Les actionnaires mécontents des actions entreprises par le Comité de Rémunération pourraient demander à se présenter pour une réélection.

Walker a ajouté : « Ces suggestions sont destinées à améliorer le professionnalisme et la diligence des administrateurs des banques, en augmentant l’importance des contraintes pesant sur le Conseil d’Administration. Si cela doit avoir pour conséquence de réduire la collégialité au sein des Conseils d’Administration par rapport au passé, ce serait un prix modique à payer pour une meilleure gouvernance. »
Faut-il encore d'autres preuves démontrant que l'on peut être libéral et ne pas être un ayatollah du marché débridé? A quand en France?

Plus sérieusement, j'avoue être atterré de lire que Goldman Sachs et JP Morgan annoncent à nouveau des bénéfices records pendant que des milliers d'entreprises sont en train de licencier, souffrant du manque de trésorerie que ces mêmes banques ne peuvent plus leur consentir.

On ne peut certes que se réjouir de la probable santé retrouvée du système bancaire, préalable à une reprise économique, mais j'ai comme l'impression que la morale n'est pas sauve dans cette histoire...

Je ne sais pas ce qu'en pense mon copain blogueur expatrié Vonric, mais je sais que ça pourrait en faire réagir plus d'un...

On m'écoute au PS...?

Je suis écouté au Parti Socialiste et plus particulièrement par Manuel Valls.

Il s'interroge lui aussi sur la survie du nom "Parti Socialiste".

Pour sûr, il a lu mon billet à ce sujet.

Puisqu'on me lit, j'ai une autre idée. L'aile socio-démocrate devrait quitter le PS et rejoindre le Mouvement Démocrate !

Chiche qu'on m'entende.

NDLR: Ce billet est susceptible de comporter une dose d'ironie.

mercredi 15 juillet 2009

Fier d'être Français?

Je passe chez Roman et je m'arrête sur son dernier billet qui provoque en moi une réaction immédiate.
Il se trouve que cet anniversaire coïncide très précisément avec celui de la Fête de la Fédération de 1790, en la mémoire de laquelle a été instituée la Fête nationale. Je ne voue pas à cette dernière un culte particulier, non plus qu'au drapeau tricolore et à la Marseillaise.
Cette fameuse relation ambigüe entre le peuple français et son identité.
Je m'étonne toujours et encore aujourd'hui qu'une connotation raciste et ultranationaliste soit affublée aux symboles de la République.

Roman associe ce patriotisme de façade aux pays à l'identité nationale faible, prenant l'exemple des pays scandinaves en voie d'anglicisation.

Je lui répondrais tout d'abord que le patriotisme de façade peut parfois correspondre à une réalité de fond, pas seulement à une apparence. Je prendrais pour exemple un pays que je connais particulièrement bien, le Portugal.

Il n'y est pas rare ni même choquant de voir des drapeaux brandis dans les jardins et arrière-cours ni même d'entendre chanter l'hymne national (dont le refrain est étrangement similaire à la Marseillaise) à l'occasion d'événements publics. Or, on ne peut décemment accuser le Portugal d'être un pays à identité faible sauf à mépriser près de 2000 ans d'histoire et la domination de la culture lusophone au travers de ses grands navigateurs surtout au courant du XVe et du XVIe siècle.

Les Portugais n'ont pas une relation aussi trouble avec leur identité nationale, loin s'en faut. les méditerranéens sont généralement fiers. Ceux-là n'échappent pas à cette règle et l'affirmation des symboles de la Nation et de l'Etat participent de cette fierté affichée.

Les Français de leur côté ont développé dans leur inconscient collectif l'association malencontreuse entre nazisme et nationalisme. Le gouvernement de Vichy et la collaboration avec l'occupant nazi auront laissé des traces plus profondes que l'on ne veut bien croire.

Pourtant, on pourrait s'interroger sur ces autres pays qui ne connaissent pas un telle gêne mais qui ont fricoté plus qu'amicalement avec le fascisme comme l'Italie qui lui a donné naissance et dont le drapeau est aussi ancien que le notre.

L'une des raisons principales est que la France se distingue de son voisin transalpin dans ce qui constitue une de ses grandes spécialités: le silence de la honte. En effet, nous ne brillons pas par notre capacité à affronter notre histoire dans les yeux (Vichy, Guerre d'Algérie, etc...)

L'Italie quant à elle, n'a guère eu le choix et a dû expier ses crimes et entamer un processus de confrontation à la vérité, tout comme l'Allemagne.

La France n'a pas été aussi prompte à procéder à ce travail pour plusieurs raisons que je ne développerai pas ici. Dès lors, les symboles de la République ont été entachés d'un passé qu'elle n'a pas expié, la peur de la résurgence du nationalisme et de son parent proche le racisme, est fortement ancrée dans les esprits.

Cette peur est ravivée à chaque fait divers aux allures de crime raciste, chaque région où le Front National reprend du poil de la bête, chaque drapeau qui est brandi.

Pourtant ce drapeau et cet hymne, ces simples symboles, des millions de gens se sont sacrifiés pour eux. Pour la République et l'idéal qu'elle représente.

Il n'y a aucun mal à être fier de cela. Je suis même persuadé que c'est en étant fier de ses origines que l'on est plus à même de s'ouvrir aux autres. Fierté n'est pas arrogance.

L'ouverture vers les cultures étrangères n'est pas plus un affaiblissement de son identité nationale. Les pays scandinaves sont certes très proches du Royaume-Uni (et ce, depuis longtemps) mais de ce que j'en connais leur identité reste forte à mon sens, surtout en Norvège et en Suède où le peuple reste attaché à leur monarchie constitutionnelle.

En conclusion, je répondrais à Roman que l'identité nationale n'est pas affaire de drapeau, d'hymne, pas plus qu'elle n'est affaire de langue, de culture ou d'histoire. Non. C'est un tout. Chacun de ces éléments construisent l'identité d'une nation et en renier l'un d'entre eux est renier l'ensemble.

Soyez fiers des symboles de la République et acceptons publiquement la vérité !
 
blog d'expatrié