vendredi 12 juin 2009

Tractations de couloir à Strasbourg


Vu chez l'Hérétique et chez Quatremer, le Parti Démocrate italien quitte l'ALDE pour former une nouvelle alliance avec le PSE.

Information confirmée sur le site Internet du Parti:
http://www.partitodemocratico.it/dettaglio/81408/una_casa_in_europa

Selon le message officiel, les démocrates italiens ont pris cette décision afin de former une majorité réformatrice en opposition avec les partis eurosceptiques à Strasbourg, l'alliance avec le PS étant une étape à ce titre et non une finalité.

Le MoDem s'est déjà exprimé favorablement pour une alliance PSE/Verts/ALDE qui porterait un candidat autre que José Manuel Durão Barroso à la Présidence de la Commission. Encore fallait-il convaincre les autres partis membres du groupe démocrate européen de faire de même.

Les démocrates italiens n'ont donc pas attendu ces discussions qui devaient avoir lieu notamment lors de la réunion de constitution du groupe du 30 juin prochain.

Il est clair que ce départ risque de sérieusement stygmatiser les discussions au sein des libéraux et démocrates.

Le PSE à cette occasion s'offre un nouveau nom: l'Alliance Européenne Sociale et Démocrate.
Simple travail cosmétique ou réelle réorientation centriste du groupe européen?

Dans le premier cas, rejoindre le groupe sera difficile en ce que d'aucuns crieront à l'opportunisme et les adversaires des démocrates continueront à houspiller et à s'égosiller sur leur prétendu opportunisme.

Dans le deuxième, le PS risque de creuser un peu plus les divisions internes en acceptant de s'associer avec des "libéraux" à Strasbourg, confirmant une droitisation à rebrousse-poil du mouvement initié depuis le Congrès de Reims par le parti à la rose.

Les partis politiques doivent communiquer là-dessus ! A défaut, ils contribuent fortement à confirmer le divorce entre les électeurs et les institutions européennes !

Pour ce qui est de mon opinion personnelle, à partir du moment où l'on peut instaurer une véritable alternative à la gouvernance européenne à laquelle nous avons droit jusqu'à aujourd'hui, j'approuve...si tant est que cette alternative ne va pas en contradiction avec le programme européen du MoDem sur lequel j'ai la faiblesse de penser que nous pouvons largement converger avec le PSE en de nombreux points (harmonisation fiscale et sociale, développement durable, groupe "pro-européen"...).

Scandale: la marmite traite la bouilloire de "noire"

Vous vous dites que votre serviteur a définitivement dérapé, sûrement à cause de l'influence néfaste de ces mangeurs de bœuf bouilli à la gelée de menthe.

Rassurez-vous, bien que je confesse une certaine instabilité mentale qui se révèle lors de soirées alcoolisées, l'affaire ici est tout à fait sérieuse.

Spontanément, on comprend mal cette incongruité: une marmite, certainement dotée de la parole, insulterait une bouilloire, lui reprochant sa couleur noire (oh, mon Dieu, éloignez les enfants de l'écran, la lecture de cette insulte est insoutenable!).

Mais c'est pourtant une expression anglophone:
"The pot calling the kettle black"

Il s'agit ici de l'équivalent de notre hôpital qui se moquerait de la charité ou de notre pelle qui se moque du fourgon*. Sauf à faire preuve d'un anglophobie débordante combinée à une mauvaise foi affligeante, on ne peut décemment pas vanter l'opportunité des métaphores utilisées dans notre langue.

Pour la petite histoire, notre ami Wikipédia nous enseigne que cette expression serait née en des temps anciens - on aurait deviné - lorsque les marmites comme les bouilloires étaient faits de fonte, fonte qui noircit sur le feu. La marmite aurait été bien mal placée de critiquer la noirceur de la bouilloire, sa voisine.

On m'a souvent parlé du légendaire bon-sens populaire. Il est diablement bien caché.

*J'ai personnellement découvert cette expression en rédigeant ce billet. Comme quoi, bloguer instruit. Ceci est un message du Ministère de la Mauvaise Foi.

jeudi 11 juin 2009

Le flou politique autour de Barroso

Comme je l'indiquais dans un précédent billet, il faut savoir prendre une certaine distance lorsque l'on analyse les relations politiques et idéologiques au sein-même des Groupes de partis au Parlement Européen.

Certains médias ont tendance à prendre un raccourci en parlant de "partis européens" mais il n'en est rien, l'uniformité n'est pas la règle, pas plus que la discipline de vote.

Le choix du Président de la Commission Européenne en est un exemple criant.

Mais qui est donc José Manuel Durão Barroso ?
Est-ce un homme de gauche ou de droite?

Un éclairage historique n'est pas inutile:
Tout d'abord, notons que mon compatriote qui fut Premier Ministre du Portugal à partir de 2002 est originairement membre du Partido Social Democrata, le PSD.

"Ah, un homme de gauche !" d'aucuns diront. La réalité est plus subtile.

Au sortir de la Révolution des Œillets, le PSD a formé une coalition gouvernementale avec le Parti Socialiste portugais. Pour autant, le contexte historique d'alors avait nécessairement poussé les partis d'idéologies diverses à s'allier pour maintenir une certaine stabilité, surtout après une décennie sanglante de guerres coloniales menées par le régime du dictateur Salazar.
Ceci n'est donc pas un indice suffisant.

Une information qui vous éclairera encore moins est que le PSD s'appelait originairement le PPD.
Spontanément, tel un réflexe collectif, l'absence de "s" dans un acronyme et l'accumulation de "p" suggéreraient une influence politique de droite.
(Ex: en Espagne, le PSOE, à gauche, le PP, à droite, en France l'UMP à droite, le PS à gauche...)
Sachez que le PSD ne s'appelait le PPD que parce que quelque jour avant sa légalisation, un autre parti avait pris une dénomination proche (le Parti Chrétien Social Démocrate). Pour autant, le courant socio-démocrate est bel et bien celui qui a fondé le PPD, définitivement inscrit au centre, comme son fondateur Francisco Sá Carneiro l'avait voulu.
Pour des raisons éminemment historiques, et bien que cela apparaisse étrange aux socio-démocrates français, le PSD se teint à la fois d'un nationalisme affirmé (le nationalisme au Portugal n'étant pas aussi tabou qu'en France, nationalisme que l'on distingue très fortement des partis d'extrême-droite interdits de représentation parlementaire par la Constitution Portugaise).

On peut donc rester circonspect lorsqu'on lit le jugement définitif asséné par la page Wikipédia française consacré au PSD : il s'agit d'un parti "conservateur". Le réflexe bipartisme primaire s'inscrit décidément dans bien des plumes francophones. Pourtant la réalité est bien plus subtile.
Certes, au niveau européen, le PSD siège au PPE. Au niveau local, le PSD s'oppose au PS. Mais, José Manuel Durão Barroso est à la fois socio-libéral et conservateur...du moins, traditionnellement.
Il n'est donc pas étonnant qu'il recoive le soutien d'Angela Merkel, de centre droit, de Gordon Brown, de centre gauche, de José Luis Zapatero, de gauche et de José Socrates, de gauche.

Il n'en reste pas moins que du point de vue de la Présidence de la Commission, il a échoué à donner une unité à l'UE face aux différents problèmes qui se sont posés (guerre en Irak, conflit Israelo-Palestinien, crise économique...). A ce titre, il a fortement contribué à maintenir la droitisation de l'Europe, ce pourquoi il est supporté par le PPE pour sa reconduction.

C'est à ce seul titre, qu'il doit être jugé. Il nous faut aujourd'hui une Europe forte et unie.
Ce n'est pas au travers de l'actuel Président que nous y arriverons.
Une coalition qui mènerait à une alternance plus pro-européenne telle que celle offerte par Guy Verhofstadt, candidat proposé par le MoDem serait idéale.

Toutefois, soyons réalistes...la droite est majoritaire en Europe, cela ne sera pas chose aisée.

mercredi 10 juin 2009

Chapeau, messieurs les sages !

Vu sur le Monde.fr:

Hadopi : le Conseil constitutionnel censure la riposte graduée

Tellement juste constitutionnellement et pourtant si inespéré ! Chapeau bas !

Attention, n'importe quoi !

Militons pour l'annexion de la Belgique par le Royaume-Uni !

Après tout les familles royales belges et anglaises sont bien de la même maison, ce ne serait que faire œuvre de charité que de favoriser ce regroupement familial surtout en ces temps troublés où le plat pays se cherche une identité.

Autre argument qui aura fini de vous convaincre:
Les speculoos ne valent la peine d'être dégustés qu'avec du thé Earl Grey !

Et la frite se marie à merveille avec le poisson pané et frit !

Dire que certains voudraient rapprocher la Wallonie de la France... remarquez, il y en a bien qui diront que Nicolas Sarkozy a la frite...

Oui, j'assume complètement le côté n'importe quoi de ce billet.

mardi 9 juin 2009

La Grande-Bretagne n'est pas le Royaume-Uni !

Suite aux imbroglios constatés ça et là pour les résultats des élections européennes, j'ai remarqué que certains avaient fait l'erreur (fréquente mais fondamentale) de considérer que les résultats de la Grande-Bretagne représentaient l'ensemble des sièges pourvus au Parlement Européen par délégation de Sa Majesté.

Il est temps de rappeler cette précision essentielle: la Grande-Bretagne désigne l'île principale constitué du Pays de Galle, de l'Ecosse et bien entendu de l'Angleterre ainsi que des petites îles attachés comme l'Île de Man.

Ne manquerait-il pas quelque chose?

Arf, grand Dieu, on en oublierait presque que nos amis du trèfle (que d'aucuns se rassurent, je ne crois pas qu'il soit parfumé) ne sont que partiellement indépendants sur leur île.

L'Irlande du Nord appartient effectivement au Royaume-Uni et en l'occurrence dispose d'une représentation au Parlement Européen de l'ordre de quelques sièges. Ne les oublions pas !

Par ailleurs, vous noterez si jamais vous deviez croiser un véhicule de l'Ulster, que les plaques d'immatriculation sont - légèrement - différentes de celles de Grande-Bretagne...ce n'est pas faute de partager la même tête courronnée !

lundi 8 juin 2009

Pour changer des élections françaises

N'oublions pas que le suffrage qui vient de se dérouler est à l'échelle européenne et qu'il n'est pas inintéressant de constater le mouvement global plutôt qu'une analyse pays par pays.

Tout d'abord, comme l'on pouvait se douter, le Labour s'est fait ratissé sévèrement ici au Royaume-Uni. Mais ceci ne s'est pas fait au profit d'une seule formation, loin de là.
Il y a, à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle:
La mauvaise (je préfère toujours finir sur une note positive): l'UKIP (Parti de l'Indépendance du Royaume-Uni) reçoit 17,5% des suffrages, raflant au passage un siège de MEP (sigle anglais pour député européen) supplémentaire.
La bonne: les LibDems (équivalent du MoDem, siégeant ensemble à Strasbourg au sein de l'ADLE); remportent 14% des suffrages, obtenant lui aussi un siège supplémentaire.
C'est tout le paradoxe de la Perfide Albion: rejet et désir d'Europe se cotoîent.

A l'échelle de l'Union, voici un graphique tiré due The Guardian:


On y apprend notamment que:
1. Le score des LibDems est au-dessus du niveau européen et que celui du MoDem en France est lui, très en deça (le contraire eut été étonnant).
2. Les changements par rapport à la précédent législature sont peu nombreux
3. Le résultat inespéré d'Europe-Ecologie en France (près de 15%) est très supérieur aux résultats des Verts en Europe (près de 7%).

Je vous invite à regarder ces statistiques avec circonspection et surtout sous un angle affranchi des réflexes nationaux. Le PPE n'est pas l'équivalent de l'UMP, le PSE par celui du PS et l'ALDE pas non plus celui du MoDem. Il est fréquent que s'y côtoient des partis aux affinités partielles et au vote, non homogène...ainsi en va-t-il du PSE partagé sur certaines questions, notamment en ce qui concerne le choix du Président de la Commission.

Notons au passage que les Conservateurs anglais ont décidé de se retirer du PPE qu'ils jugent trop "pro-européens". Etant donné que le pouvoir leur est promis sur le territoire de Sa Majesté aux prochaines élections, ce n'est décidément pas avec le Royaume-Uni que la construction européenne avancera d'un grand pas dans les temps à venir.
 
blog d'expatrié